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Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

lundi

Où je ramène ma fraise, des tomates vertes et deux merveilleux cornichons

Hier matin, quelque part à Marseille.

Sur la terrasse de l'appartement que mon homme et moi avons investi à Marseille, je sirote un verre de chardonnay, je songe au verre de bonheur, le joli nom du vin sud-africain que j'avais acheté au Cap et bu à la santé de l'amie qui m'avait aidé dans mon escapade en forme de coup de lune, au bout du monde. Bercé par la petite danse du store bleu et le tac-tac des rouges-gorges dans le jardin de la résidence, je pense aux petits riens que je moissonne chaque jour.

Cueillir les tomates vertes qui deviendront tarte salée, confiture ou chutney.

Troquer les outils modernes contre un bloc de papier et un stylo pour rédiger la lettre à une amie.

Me faire lire les lignes de la main par une cliente et la prendre dans mes bras pour lui dire au revoir prenez soin de vous.

Accepter la gentille invitation à s'abreuver au beaujolais chez Joëlle et Julia qui ont mis les petits plats dans les grands.

Boire le soleil du matin.

Humer le parfum d'une rose.

M'abîmer dans la lecture d'un roman.

Acheter une vieille boîte en fer verte et lui trouver un usage.

Me rouler par terre pour jouer avec la chienne.

Contre vents et marées, qu'il giboule ou qu'il mistrale, je continue de m'émerveiller des petits riens du quotidien, des premières fois à tout âge, des mêmes nuages qui rosissent ou s'effilochent sous mes yeux ébaubis.

Je ne manque hélas pas de maugréer contre le sombre cornichon qui jette n'importe quoi n'importe où, qui consomme à tout-va sans agiter son neurone, qui bouscule, qui insulte, qui se croit seul au monde, qui gaspille sa misérable et courte vie à pourrir celle des autres.

Pas plus tard qu'avant-hier au marché. Une dame et son toutou. J'interpelle la dame :
- Vous avez perdu quelque chose, dis-je, désignant le bel étron fumant de son compagnon à quatre pattes.
S'ensuit un dialogue de sourds. J'ai mis le nez de la dame dans le caca de son chien, elle se justifie, m'abreuve d'arguments de m----. Bah voyons, dis-je, faisons n'importe quoi, puisque d'autres comme vous salissent la voie publique, continuons.

Autour de nous, personne ne moufte. Je pisse dans un violon mais j'ai dit à la cornichonne le fond de ma pensée.

Au supermarché, en bas de chez-nous, un olibrius resquille et se retrouve en tête de file. J'ai la mauvaise idée de ramener ma fraise pour lui faire savoir qu'il y a quelques règles à respecter en ce bas-monde : dire bonjour, merci, et faire la queue comme tout le monde. Même dialogue de sourds.
- Les règles sont faites pour être enfreintes, éructe-t-il.
- Ah ?! Dans ce cas, pourquoi passer par la caisse ? Partez sans payer, dis-je sous le regard circonspect des deux caissières.
- Ah mais non, je suis voisin, fanfaronne le gars.
Les bras m'en tombent. Je les ramasse et je rentre chez moi.

Au diable la crétinerie. Au diable la crotte qui fait office de comprenette à la dame ou au gars. 

Revenons à nos moutons, revenons au goût des merveilles.

Je n'avais pas prévu de proposer à Amélia la lecture du billet précédent (lien). Je craignais d'empiéter, de surprendre et décevoir. J'improvise. Elle est débordée mais toujours professionnelle et cordiale. Dans la file qui mène à son comptoir, j'ai derrière moi quatre ou cinq clients qui trépignent d'impatience. Mon tour venu, je dis bonjour comment allez-vous ? Elle répond ça va bien merci; comme vous le constatez, comme d'habitude, rien ne fonctionne. Je parle à voix basse : j'ai écrit une petite chronique où vous apparaissez, je vous rassure, je n'ai mentionné ni xxxxxxx ni xxxxxxx. Je peux vous l'envoyer par mail ? Un immense sourire illumine son visage. Elle ne sait comment me remercier, se dit très touchée, elle a hâte de lire ça.

Les emplettes sous le bras, je m'en vais m'asseoir à une table de café pour poser sur le papier le brouillon de ce billet.


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Mise à jour 23/11
Amélia a lu Amelia et ses dix bras ou le bon d'achat et m'a laissé ce message :
Laurent bonsoir,
Je vous remercie pour tout ce que vous avez si bien dit. Je suis flattée et aussi touchée par cette attention toute particulière que vous m'accordez dans votre blog.
Je suis toujours soucieuse du travail bien fait et là, je me dis que ce n'est pas vain. Mille mercis et au plaisir de vous revoir.
Amélia

Thierry m'a envoyé un message via l'outil de messagerie en colonne de droite de ce blog :
Bravo, je viens de lire le clin d'œil sur Amélia et c'est très juste. Je suis au même magasin et c'est un livre complet d'anecdotes que vous pourriez réaliser sur notre clientèle. Il y a de quoi se régaler ou partir en dépression tous les jours. J'adore ce clin d'œil, merci, ça fait du bien !
Cordialement,
Thierry


17 commentaires:

  1. J'ai beaucoup la première partie de votre billet, sur les petites choses de la vie. La deuxième, hélas est plus fréquente qu'on y croit. Il y a des malotrus malheureusement partout de nos jours et ce n'est pas ceux que l'on pourrait croire. J'ai souvenir d'une dame d'un âge honorable des plus odieuse.

    C'est vraiment gentil pour la caissière que vous connaissez de lui fournir le billet la concernant.
    Au fait ! Vous faites-vous à la vie marseillaise ? Cela doit-être plus facile, lorsque son amoureux, partage votre vie ?
    Amitiés de Normandie !

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    1. J'aurais dû me relire, il faut lire: "j'ai beaucoup aimé..."

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    2. J'avais bien lu :)
      Cette semaine, j'ai fait mon marché, tant avec la 1ère partie qu'avec la 2e partie moins... merveilleuse.
      La vie marseillaise me convient en bien des points (climat et surtout vie conjointe). Merci pour votre fidélité. Amitiés itou.

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  2. Te voilà Marseillais de ❤ J'aime les petits moments de vraie vie que tu nous délivres. D'ici je vois ta terrasse bien orientée, pleine de soleil et de verdure, je t'imagine sirotant ton verre en pensant à ce que tu vas préparer comme recette avec tes tomates vertes.. et puis j'entrevois Amélia ta gentille caissière qui te fais la ristourne, malgré la perte du bon d'achat. Des petits moments bien savoureux... J'ai par contre zappé la mémère et sa crotte de chien et le resquilleur à la caisse du supermarché, parce que ces 2 incivilisés ne sont pas propres à Marseille, mais bien Français. À bientôt le plaisir de te relire. Amitié

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    1. Merci de ta lecture optimiste ^^
      Je ne sais toujours pas ce que l'on va faire de nos tomates vertes. Mystère et boule de gomme :p
      Amicalement, Laurent

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  3. "Revenons au goût des merveilles."
    Laurent, toute la sagesse est là dans ces cinq mots...
    Merci de l'avoir si joliment rappelé. :)
    Bisous.
    Ben

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    1. Le Goût des Merveilles, c'est un très joli film d'Eric Besnard avec Virginie Efira que je te conseille chaudement.
      Bises Ben.

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  4. l'universalité du connard(e) est donc vérifiée : que ce soit à Paris ou à Marseille y'a des modèles quasi identique.

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    1. On les repère facilement grâce aux traces dégueulasses qu'ils laissent dans leur sillage ^^

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  5. Le bonheur est partout. La vie est un perpétuel calendrier de l'Avent aux multiples fenêtres dont il suffit de soulever l'opercule pour y trouver un rayon de soleil, une tomate verte qui deviendra confiture, ou une gorgée de chardonnay bue au calme d'une terrasse.

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    1. J'aime la métaphore :) c'est comme la boîte de chocolats de l'ami Forrest Gump

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  6. C'est toujours le même #Bougnon mais en bien plus lumineux puisqu'il est amoureux !
    Que deviendrais-je sans fraises ni tendresse... merci
    Bruno

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    1. Un blog sans lecteurs c'est une rose sans parfum :)

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  7. Christine - Le Théâtre Côté Coeur21 novembre 2017 à 13:34

    J'aime ce goût des petits plaisirs quotidiens qui domine les moments d'agacements provoqués par les casse-pieds impolis. Marseille te va bien

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    1. Nous sommes nombreux à apprécier ces petits plaisirs quotidiens et ça me réconforte. Merci de ta lecture :-)

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  8. Coucou ! Merci Laurent, partager ces moments agréables permet d'oublier le vif flot des tâches quotidiennes qui s'accumulent et semblent s'étirer jusqu'à ce que je n'en vois plus le bout...tu me ramènes à la vraie réalité...si belle, si simple. Belle continuation !

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    1. Coucou itou. J'espère avoir réussi à te faire oublier quelques minutes toutes tes tâches du jour. Demain, perdue dans l'exécution d'autres tâches, peut-être t'accorderas-tu une minute de rêverie...
      Bises :-*

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