Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

mercredi

Amelia et ses dix bras ou le bon d'achat





Je vais vous raconter une petite histoire de ma vie ordinaire. Ceux qui sont intolérants non pas au gluten ou au lactose mais à la gentillesse, à la bienveillance, voire à la simplicité des gens et des choses, passez votre chemin.

Mon chemin, ce matin, devait se faire à pied. Vingt minutes pour me rendre à la grande enseigne dont je vous narre un minuscule épisode dans deux paragraphes. J'ai finalement opté pour le vélo en libre service qui me tendait le guidon en bas de la rue. Ce furent donc dix minutes barbe au vent et bon d'achat dans la poche de mon blouson.

J'ai bien fait de changer d'avis car ce billet n'existerait pas, le retour de ce blog aurait encore été repoussé aux calendes grecques. Pour les Marseillais, c'est un froid glacial qui s'installe dans la ville (titre le quotidien La Provence), pour moi qui ai connu la grisaille et la froidure à Paris, j'évoquerais plutôt un froid tout simple sans épithète sans superlatif. J'ai répété trois fois froid (répétez trois fois après moi : trois fois froid), peu me chaut.

Je dis bonjour à Amelia qui tient l'accueil de cette grande enseigne que je visite régulièrement depuis mon installation à Marseille. J'ai tout de suite accroché avec Amelia. Professionnelle, rapide, efficace et excessivement aimable mais sans jamais une once de mièvrerie. Elle est d'un calme et d'une douceur qui tranchent avec sa rapidité, son efficacité. Vous me direz, l'un ne va pas sans l'autre, vous aurez raison et Amelia en est la preuve vivante. Avec toujours un trait d'esprit ou un mot gentil.

Fourrageant dans mes poches de blouson, de pantalon, je cherche le bon d'achat que j'étais venu dépenser. En vain. Je remémore ma main sur ce bout de papier dans une poche que, bêtement, je n'avais pas zippée. Autant l'emporte le vent.

Je tente ma chance auprès d'Amelia qui est débordée et lui demande : avec ma carte de fidélité, vous n'avez pas moyen de le réimprimer ? Une grimace signifiant j'aimerais bien mais je ne peux pas déforme son visage. Las, je dis tant pis pour moi, je n'avais qu'à faire attention. Je lui tends mes achats. C'est un accueil qui fait office de caisse, elle scanne les articles, répond au téléphone, appelle au micro Jean-Christophe du rayon bidule à rejoindre son rayon bidule, demande à Olivier passant par là d'arroser s'il te plaît les plantes qui font peine à voir. Et si ça ne me plaît pas ? Eh bien tu le fais quand même, lui rétorque-t-elle tout en farfouillant dans son ordinateur. J'ai compris qu'elle avait décidé d'enfiler son habit de magicienne pour faire réapparaître mon bon d'achat disparu. Amelia continue d'agiter ses dix bras pour satisfaire le maximum de clients. Elle dit non fermement mais avec pédagogie. Elle dit oui avec plaisir bonne journée madame. Elle rappelle Jean-Christophe qui est toujours attendu au rayon bidule.

Puis elle finit par sortir de son chapeau de prestidigitatrice le bon d'achat de onze euros que le vent m'avait raflé. Elle m'adresse un sourire énigmatique, candide et me dit posément : "Je n'ai rien fait, ok ?" Je réponds avec un clin d'œil et la remercie discrètement, si tant est qu'un clin d'œil puisse être discret.

Le plus incroyable dans cette histoire ordinaire, c'est qu'en rentrant, à pied cette fois-ci, parcourant le kilomètre et demi séparant la grande enseigne de mon domicile, sans follement chercher, j'ai remis la main sur le fameux bon d'achat portant nom et prénom de votre serviteur qui avait échu sur un coin de trottoir (le bon d'achat, pas votre serviteur).

La prochaine fois, j'offrirai peut-être une boîte de bonbons à Amelia. Ou le lien de ce billet de blog. Ou les deux.


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Mise à jour 21/11
La suite : Où je ramène ma fraise, des tomates vertes et deux merveilleux cornichons.


34 commentaires:

  1. Gentille Amélia, ça fait du bien des personnes qui savent encore 🤔 donner de leur temps et de leur efficacité. Bonne journée automnale, ici le chauffage tourne à fond, il fait glacial. À bientôt.

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    1. Ces personnes sont heureusement nombreuses, il faut savoir les débusquer et les remercier :)
      Chauffage ici aussi :) Biz

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  2. on est toujours contents de trouver une caissière où un accueil sympa, c'est pas toujours le cas, mais ça illumine une journée
    bisous ma poule

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    1. C'est pour cela que j'ai bien accroché avec Amélia et passe systématiquement à sa caisse, affluence ou pas. Bisous itou mon poussin.

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  3. Y a encore de ces personnes serviables, malgré leur charge de travail. Vous pourrez la féliciter de ma part quand vous la reverrez.
    A part ça, content que vous soyez revenu dans la blogosphère. Vous me anquiez, vous et vos histoire d'un quotidien qui n'est pas ordinaire, loin de là.
    A bientôt, je l'espère.
    Amitiés de Normandie.

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    1. Merci pour votre fidélité malgré mes publications discrètes. Je transmettrai vos félicitations à Amélia. Amicalement itou.

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  4. une page qui fait du bien... Merci Boutfil pour le lien !

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    1. Bienvenue Josette. Faites comme chez vous :)

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    1. Bravo :) je ne sais trop comment elle va réagir si je lui transmets les bises de mes lecteurs ^^

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  6. quel plaisir ! merci d'être de retour <3

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    1. Plaisir de recevoir, plaisir d'offrir <3 et comme tu le sais, plaisir d'écrire.

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  7. Serait il possible de demander à Amelia si elle a une copine comme elle qui officierait à Nice ? j'attendais ce billet de sudie avec impatience et je ne suis pas déçue

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    1. Je pense qu'il y a plus d'Amelia qu'on ne le croit et qu'il y en plusieurs dans ta belle ville. Merci de ta fidélité <3

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  8. Un billet de Monsieur Fraises, c'est toute la grisaille de la journée qui s'évapore.
    Depuis la découverte de votre blog l'été dernier, je crois l'avoir lu entièrement, sous le charme de votre respiration tranquille, souriante.
    Votre écriture souple et précise m'enchante (on sait ce qu'implique "l'effort au style" ...). C'est une magnifique leçon de morale que votre volonté de cueillir et d'accueillir avec simplicité et constance les jours de la vie, même les jours graves, douloureux, ceux où on pleure. Mais oui.
    Assez vite, la complicité auteur-lecteurs s'est établie, on croit vous connaître. Surprise ! Vous voilà dans l'autre hémisphère ! Puis le disparu revient. Il nous fait découvrir Paris, maintenant Marseille, ses clients, une herbe qui pousse, et aujourd'hui la rayonnante Amelia.
    Avec toute ma gratitude.

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    1. Que dire. Votre commentaire me touche plus que je ne saurais l'avouer. Il me conforte dans mes choix : 1/ celui de ne conter que le merveilleux dans les minuscules choses et les gens, et le grave en filigrane 2/ celui de poursuivre le tissage de ce lien que vous évoquez 3/ celui de publier toutes les chroniques que vous n'avez probablement pas lues (une petite centaine que j'ai mise en brouillon et sur laquelle je travaille pour publication). Du fond du coeur, merci.

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  9. Des rencontres qui font chaud au coeur , comme la lecture de ton blog. Bisous Lolo.

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    1. Hey Fabienne ! Bisous ma belle, bisous aux copains du Bassin.

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    1. C'était le nom de ma compagnie de théâtre :-)

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  11. Qui se ressemblent, s'assemblent...
    Merci, Laurent, d'être revenu ici.
    Bisous bruxellois :)
    Ben

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    1. Salut Ben :) merci pour ta fidélité :) bises de Marseille

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  12. Très joli billet et un beau remerciement à la douceur (pas si courante dans ce monde de brutes !). J'avais raté l'épisode de ton départ à Marseille ! J'adore cette ville à laquelle je rends visite régulièrement. J'ai moi-même changé de ville cet été... je ne suis pas descendue aussi bas car je me suis arrêtée à Lyon. Mais c'est sûr pour ma retraite je finirai la route pour la planète Mars ! :) Je te souhaite une belle nouvelle vie sous l'incroyable lumière de cette ville. Cécile (billetsdemissacacia.com/)

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    1. Dire merci à la douceur, c'est essentiel.
      Merci Cécile pour te gentils voeux. A mon tour de te souhaiter une chouette nouvelle page de ta vie à Lyon.

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  13. Ah enfin de retour, il embelli cette journée de ciel gris !
    Merci à ce bon de réduction qui t'a ramené vers le blog symbole de légèreté et de doux moments partagés et bienvenue à la belle Ame -lia.
    Bisous aussi du Bassin, bisous, bisous.

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    1. Je tâcherai d'être plus présent.
      Un bon de réduction égaré. Comme quoi, tout tient à des petits riens. J'espère que tes projets ont avancé ou avancent, même lentement. Bisous itou.

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  14. Coup de coeur pour Amelia et ... le conteur exceptionnel que tu es au fil de tes billets toujours régalants !
    Bises des Grigris de Sophie

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    1. C'est toujours un plaisir de te savoir sur ce blog. Exceptionnel, faut pas pousser :) mais merci pour ta présence. Bises ma chère Sophie.

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  15. Christine - Le Théâtre Côté Coeur12 novembre 2017 à 19:45

    Amelia, charmante Amelia. Elle ne fait que te rendre ta bienveillance et ta gentillesse. Combien d'entre nous connaissons le prénom de la dame à l'accueil ou à la caisse ? Parisiens ou marseillais tes billets sont toujours des baumes au cœur

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    1. J'ai parfois la naïveté de penser que nous sommes nombreux à lire le badge des caissières où est inscrit leur prénom. En tout cas, pour avoir été caissier pendant quelques années, j'ai vu de nombreux clients me parler, me raconter leurs misères, m'appeler par mon prénom :)
      Merci pour ta fidélité !

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  16. Te lire m'a donné le sourire et j'adore ce genre d'histoires que ce soit pour Amelia ou le bon retrouvé dans la rue :)
    Bises

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    1. Donner le sourire est, par les temps qui courent, un privilège que je chéris ^^
      Bisous :)

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  17. Merci à toutes les Amelias du monde, et aussi aux Laurents qui les mettent en valeur :)

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    1. Plaisir d'offrir, joie de recevoir :)
      Bisous ma belle :)

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