Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

vendredi 31 juillet 2015

Le portraitiste de La Motte-Picquet Grenelle et la jeune femme blonde



C'est un ciel de nuages moutonnant qui éclaire la scène à la mi-été en terrasse d'une brasserie parisienne. La jeune femme blonde en transit offre sans le savoir sa présence à l'humeur croqueuse d'un inconnu. Il s'applique à dessiner l'instant, trace des traits fugaces qu'il estompe ou agrémente de couleurs. Il se lève et donne à la jeune femme le portrait impromptu. Elle le remercie d'un sourire lumineux, contemple son cadeau puis s'en va, traînant ses valises dans son sillage.

Un peu plus loin, c'est un couple qui s'assied pour déjeuner. Le compagnon de la jeune femme brune tapote distraitement sur son téléphone portable pendant qu'elle consulte le menu. Notre portraitiste noircit une nouvelle feuille, y dessine lunettes, cils frisottants, chignon et bouche songeuse. Une fois l'ébauche ressemblant au modèle involontaire, l'homme se lève et tend à la jeune femme son œuvre. Et je m'amuse à scruter l'air perplexe du jeune homme que j'imagine jaloux qu'un inconnu ait pu lui dérober quelques minutes sa compagne.

jeudi 2 juillet 2015

Le pantalon blanc de Scarlett

Ce chat n'est pas un pantalon

Mercredi matin, Scarlett, cliente de l'hôtel où j'échange actuellement mes talents, mon temps, contre de l'argent, s'enquiert de son pantalon en lin blanc, déposé en réception lundi. La blanchisserie nous l'aurait livré mardi. Je réalise, catastrophé, que je l'ai monté par erreur dans la chambre d'un autre client. Montant les marches quatre à quatre, je me rends dans la 511. Et découvre qui me nargue sur les draps défaits le bon de livraison correspondant au pantalon de la dame. Le client de la 511 a quitté l'hôtel 1 heure plus tôt. Avec le pantalon de la dame de la 312.

J'appelle ce monsieur, il est en route vers sa belle province mais n'a pas encore franchi le périphérique. Tiens, me dit-il, vous n'auriez pas retrouvé ma veste de costume noire ?

Je vois alors ladite veste, orpheline, suspendue dans le bureau. Nous convenons d'un échange standard. Il consent à déposer le pantalon blanc à la réception d'un hôtel du même groupe à Montmartre. Où j'envoie par taxi sa veste de costume noire. 

Mercredi soir, je remets en mains propres le pantalon à Scarlett qui m'interroge sur le pourquoi du comment. Je lui raconte alors que son pantalon a vu du pays en taxi. 

samedi 6 juin 2015

Lui à pattes, moi à pédales.


Il est beau mon vélo


Je trouve sur un site de petites annonces un vélo de course qui sied à mon humeur sportive ou à tout le moins récréative. Je prends langue avec le vendeur qui me fait l’article de sa marchandise. Pseudonyme farfelu ou véritable patronyme, Monsieur Jacques Amour me donne rendez-vous au pied du Musée de la Vie Romantique dans le 9e à Paris.

Une douzaine de tours de pédalier pour essayer ma future acquisition. Nous parlons de vélo, de la pluie, du beau temps et nous prenons congé. Lui à pattes, moi à pédales.

Au croisement de la rue Blanche et de la rue Jean-Baptiste Pigalle, je manque de percuter un couple de tourtereaux. S’excusent mollement d’avoir traversé sans regarder et reprennent leur promenade main dans la main, oublieux et souriants. Il arbore un t-shirt portant la mention « je couche toujours le premier soir. »


samedi 25 avril 2015

Un expresso pour la secrétaire des hôpitals



Au détour d'un dédale de couloirs délavés par la souffrance, au 5e étage, loin de la foule de patients ou de familles inquiètes, au-delà de portes battantes, et d'une ligne bleue "zone de confidentialité", une flopée de chaises inoccupées. Personne. Je m'assurais de trouver une secrétaire esseulée. Je ne voulais pas de la photocopieuse éculée du rez-de-chaussée. Je cherchais un être humain. Je toque à la porte d'un des innombrables secrétariats semés sur les 27 hectares de "surface plancher actif" de l'hôpital Pellegrin.

- Oh vous m'avez fait peur !
- Bonjour Madame. Auriez-vous la gentillesse de faire une photocopie de la mutuelle de mon papa ?

Elle n'évoque ni sa probable indisponibilité, ni ma requête infondée (il y a des machines pour ça). Elle se saisit du document à copier, le copie, vérifie la qualité de la copie qu'elle me tend avec un sourire. Et comme j'allais me chercher un expresso à la cafétéria du rez-de-chaussée je lui propose de lui en livrer un. Pour la remercier de sa gentillesse. D'une photocopie, simple comme bonjour. Gratuite. Et remise avec entrain.

Une fois muni de mes deux tasses de café fumant, je m'élance dans un des six ascenseurs desservant les 13 étages du "Tripode". À mes côtés, une dame dit à sa sœur ou sa cousine, que sais-je :
- On est tous nés dans les hôpitals, on mourira tous dans les hôpitals.


mardi 10 mars 2015

Un cœur dessiné et l'anniversaire d'Irina



C'est un jour particulièrement éprouvant. Seul au front dès potron-minet. Les clients trouvent anormal qu'on ne s'occupe pas d'eux dès le seuil de l'hôtel franchi et le font savoir. Je m'efforce de contenir l'humeur agressive d'une douzaine d'impatients, tandis qu'au bout du téléphone, d'autres clients souhaitent eux aussi un accueil exclusif. La gouvernante reste plantée là, attend que je lui délivre les consignes du jour. Les départs se mêlent aux arrivées. L'ordinateur rame. Le deuxième ordinateur censé me secourir pédale dans la semoule. Face à moi, le couple de touristes peine à cacher son impatience. Les doigts de la dame agacée tambourinent contre le comptoir. Il faut avoir des nerfs d'acier pour ne pas absorber toute cette énergie négative. 

Et soudain.

Je capte le regard de la fillette de dix ans qui attend son tour. Elle et ses parents sont à l'hôtel depuis une petite semaine. Dans un geste timide, elle me tend une feuille de papier. Un cœur qu'elle a dessiné et souhaite m'offrir pour la Saint-Valentin.

Mon corps et mon coeur blindés pour affronter le monde adulte et mercantile se fendillent. J'abandonne le comptoir me servant de bouclier, j'ouvre la porte, je ne vois plus la douzaine d'impatients, ils attendront le temps qu'il faudra, je reçois le cadeau de l'enfant et l'embrasse sur la joue. La fillette repart en trottinant, fièrote.

J'accroche le cœur au tableau affichant habituellement les numéros de chambres auxquelles délivrer un message. Je reprends le cours de ma journée, apaisé, béat.


***

Hier.

L'homme me parle en russe. Je n'y comprends goutte. J'appelle Google Trad à la rescousse et bricole, sous son regard approbateur, quelques phrases pour souhaiter à sa dame un joyeux anniversaire.

Уважаемая госпожа, ... присоединяется ко мне в пожелании вам прекрасный день рождения!

Un plateau en mains, je frappe à la porte. L'homme ouvre, appelle son épouse, m'invite à entrer. Elle est aux anges. Ils ont déjà un verre à la main et me proposent de finir avec eux la bouteille de cognac moldave 10 ans d'âge. Cognac Luceafăr, tout un programme. Ils me tendent une chaise. Nous parlons chacun notre langue. Nous mimons, surtout. Pour les 60 ans d'Irina, Vaeceslaw lui a offert un séjour à Paris, une soirée au Moulin Rouge, une chambre avec vue sur la Tour Eiffel. Nous entrechoquons nos verres. Joyeux anniversaire ! Santé ! спасибо ! Je n'ose pas dire non lorsqu'ils me versent une coupe du champagne moldave qu'ils m'invitent à déguster.

Avant de prendre congé, je pose pour la photo au bras d'Irina, le regard rieur. Nous échangeons des bribes de russe mélangé au français, des sourires francs, des poignées de mains chaleureuses.

15h. je retourne bosser un peu pompette...


jeudi 12 février 2015

La diva maquillée comme un camion



C'était mon premier concert de "musique classique contemporaine"  le terme est absurde : comme si on voulait coller la même étiquette, pour faire une analogie aussi approximative avec la "chanson française", sur Carla Bruni, M, Michel Sardou, Jenifer, Christine and the Queens ou Cindy Sander. Bref. C'était au Studio 104 de la Maison de la Radio, le festival Présence "Les Deux Amériques".

C'était... captivant, intéressant. Les deux premiers morceaux, surtout. Michael Gordon et son Cold. Benjamin de La Fuente et son On Fire, foisonnante, énergique et hirsute partition sur le texte (en français) de Malcom X. Le reste, était à mon sens, anecdotique. J'ai surtout apprécié d'écouter de près l'Orchestre Philharmonique de Radio France, dirigé par Joshua Dos Santos. Orchestre, organisme vivant respirant et rugissant sous mes yeux ébaubis.

L'enfant de 4 ans que je suis parfois s'est attardé à observer trois ou quatre détails :

Le bas filé de la violoniste tirant une tronche de quatre kilomètres avant pendant et après le concert
Les souliers vernis de l'altiste qui gigotent sous sa chaise
Les percussionnistes faisant le grand écart entre le triangle, le gong et les cloches de vaches
Les grosses traces de doigts sur le piano Steinway
Le pianiste altruiste qui fait des signes à sa tourneuse de pages dépassée par la modernité de la partition
La violoniste citée plus haut qui éternue à plusieurs reprises, qui toussote aussi  une voix enregistrée interdisait pourtant de tousser pendant le concert 
La raie des fesses dépassant généreusement du pantalon du technicien pendant le changement de plateau
La diva américaine maquillée comme un camion qui, plus tard au restaurant, mange son burger et ses frites avec les doigts sous l'œil placide du directeur de la programmation

Et pendant que mon ami pianiste s'absente de table, la soprano-au-burger m'adresse la parole :
 Vous êtes un ami de Wilhem ?
Je me mords les lèvres pour ne pas lui répondre :
 Non. J'avais faim, je passais dans le quartier, j'ai vu qu'il restait une place à votre table et je me suis installé.


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Vous pourrez écouter ce concert (et entendre éternuer la violoniste bougonne) lundi 23 février 2015 sur France Musique à 20h dans les Lundis de la Contemporaine



mercredi 4 février 2015

La vieille dame au foulard chamarré


Un foulard chamarré sur le front buriné par les ans, une chaussette remontée, l'autre pas, le regard qui s'accroche au mien. Minuit longtemps passé. Il fait un froid de gueux. Ses mains commentent ses paroles. Je parle avec une vieille dame dans le métro. Je ne comprends pas grand chose à ce qu'elle me raconte mais elle me raconte un monde de gens, de sentiments, de couleurs. Elle y met du coeur. Je n'y comprends goutte. Mais elle est contente. Et moi aussi.


mercredi 28 janvier 2015

La gentillesse des inconnus


J'avais déjà écrit sur le sujet dont le traitement est un océan de chroniques. La gentillesse des inconnus. Ou des étrangers, c'est selon. Selon qu'on décide de traduire "the kindness of strangers" par la gentillesse des inconnus ou des étrangers ; la gentillesse des étrangers, qualité à laquelle s'accroche éperdument Blanche, personnage de la pièce phare de Tennessee Williams, Un Tramway Nommé Désir.

Je ne vais pas écrire une dissertation sur le sujet. Il faudrait, pour cela, que j'entre dans le détail du personnage et sa folie et du pourquoi je m'identifie à elle, étrangement.

Je me contente de livrer ici quelques exemples :

Ma gardienne qui pose un mot sur ma porte parce que j'ai eu l'étourderie de laisser mes clés sur ma boîte aux lettres.

L'inconnue dans le métro qui tend un sourire à mon humeur mélancolique.

Le clochard qui me donne un proverbe arabe : "L'optimiste regarde la rose et ne voit pas les épines ; le pessimiste regarde les épines et ne voit pas la rose."

L'inconnu qui me donne quelques milliers de Rands à l'heure où je suis sans le sou, perdu dans un village portuaire à 3 heures de route du Cap en Afrique du Sud. Sans contrepartie. 

Et plus récemment, à l'hôtel, un client qui m'offre un cadeau. 

Quand Richard arrive et me reconnaît, il ignore les raisons pour lesquelles je le reconnais. Il exprime sa joie de me voir au même poste. Je me souviens de la dernière fois que je l'ai vu. Il y a un an, je l'aidais à récupérer sa valise, lourde comme un âne mort. Un rictus de douleur me traverse de part en part. Je fais mine de rien. Il ne saura jamais que sa valise, ou plutôt mon imprudence, a causé six mois de tracas, une entorse grave du poignet droit, fracture du scaphoïde et rupture de ligaments, nécessitant pléthore de consultations, hospitalisation, opération, rééducation et tout le tremblement. 

Je l'accueille avec la chaleur que je m'efforce d'offrir à chaque client. Il gagne sa chambre. Je le revois le lendemain. Designer et commercial de sa propre marque, il m'offre un cadeau. Je me perds en interprétations et considère l'incroyable ironie de la situation. 

Son cadeau est en quelque sorte une très jolie et inconsciente réparation des dommages. 


dimanche 4 janvier 2015

Des trèfles jusqu'au plafond du monde


Il suffit d'un rien pour égayer une morne journée. 

Aujourd'hui.
C'est la vendeuse de la boulangerie au 69 rue Daguerre qui a effacé mon humeur chafouine. Elle arborait une couronne de papier doré et son plus joli sourire à tous les clients, tous. D'aucuns, cyniques, diront, oui bon ok, c'est un argument de vente en cette Épiphanie. Je réplique, elle aurait pu ne rien porter et distribuer ses formules automatiques et sans cœur comme la vendeuse de la boulangerie à deux pâtés d'immeubles, même rue, qui, quand je commande un pain aux raisins, répond, qu'il pleuve ou qu'il vente, « et avec ceci ? » RIEN ! Ça fait mille ans que j'habite le quartier, que je vous achète mon pain aux raisins et rien d'autre... Quand l'autre vendeuse, la collègue de la tête couronnée, au 69, sait et s'inquiète de ne pas m'avoir vu pendant des semaines, lorsque j'ai été opéré et en convalescence. Elle saisit le fameux pain aux raisins avant même que je franchisse son perron. Et m'offre toujours un sourire sincère. Pour le même prix. 

Hier.
Louise 4 ans et demi s'amuse sur la tablette de sa mère et m'envoie le sms ci-haut. Je réponds :
- Et combien de trèfles ?
Lucie, 8 ans et demi, réplique :
- Des trèfles jusqu'au plafond du monde.
Et sa petite soeur renchérit :
- De la galaxie.

En cette nouvelle année, je vous souhaite, à tous, des sourires jusqu'au plafond du monde. Et même, au-delà de la galaxie. 

samedi 29 novembre 2014

On m'appelle Madame Arrosoir


Mes billets de blog naissent de diverses façons. Me concernant, ils ne trouvent leur origine que lorsque je me confronte au monde, aux petites choses, physiquement. Je ne sais pas inventer. Je convoque rarement mon imagination pour prêter vie à une histoire. Je sors de ma caverne, je me frotte au monde. Ouvre les yeux et pêche ici une image, là une rencontre.

C'est à la faveur d'un lèche-vitrine que j'ai glané la rencontre impromptue qui suit. Courte. Riche. Riche de ce que m'a donné la dame de chez Printemps Haussmann. J'avais terminé ma course, acheté mes chaussettes. L'ami que j'avais traîné avec moi prend la sortie quand mon humeur papillon s'accroche soudain à cette dame qui, un sac à main jaune bouton d'or en bandoulière, slalomait entre les rayons de la lingerie homme. Attends, dis-je à l'ami. Je m'approche de la dame, chef-de-rayon-je-suppose, qui tournait sa petite clé dans la caisse d'une de ses vendeuses et l'aborde :

- Bonjour. Dites, ça vous dérange si je vous prends en photo ? 

Un sourire espiègle dans les yeux, elle se prête à mon jeu.

- J'adore votre sac à main, lui dis-je. 

- J'en ai de toutes les couleurs. Ici, on m'appelle Madame Arrosoir.

Papotant, elle nous donne un conseil pour nos prochains achats. Une aubaine, 30% sur tout le magasin d'à-côté. Je lui dis au revoir :

- Merci pour le tuyau... d'arrosage, dis-je lui lançant un clin d'œil.


jeudi 13 novembre 2014

Je regarde la jambe de sa mère



Sans rapport avec le billet qui suit. « Si vous avez un problème... », démerdez-vous. 


Les fidèles lecteurs de ce blog n'ignorent pas que je travaille dans l'hôtellerie. J'avais, il y a quelques lunes, publié 9 perles. En voici de nouvelles...

* En ce moment, je m’amuse à apprendre phonétiquement un peu de japonais. À ma demande, une cliente nipponne joue à la prof. Pour la remercier, je lui enseigne des bribes de français. Ce matin, elle me tend religieusement un bout de papier sur lequel elle a écrit « je regarde ». Ce « je regarde » qu’elle veut prononcer correctement. Devant d'autres clients perplexes, elle dit et répète une bonne dizaine de fois je regarde je regarde je regarde je regarde je regarde puis elle prend congé, bienheureuse, comme si elle avait obtenu un précieux sésame.

* Hier, des clients américains s’enquièrent de mon prénom, je réponds « Laurent comme Yves Saint-Laurent, le grand couturier ». J’ironise avec la famille : « Le week-end j’habille les stars pour les soirées mondaines et la semaine je travaille dans l’hôtellerie pour arrondir mes fins de mois. » Dans l’ascenseur, j’entends le fils1, qui doit avoir la vingtaine, dire à sa mère, le plus sérieusement du monde : « Oh il est couturier! »

* J’ai fait un tour à trottinette à ma nouvelle directrice, je pense qu’on va bien s’entendre.

* Un mètre dérouleur traîne à la réception. J’interroge mon collègue. Que fait cet outil dans nos tiroirs ? Il répond : C'est une cliente qui voulait mesurer la jambe de sa mère.


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1 À quel âge apprend-on l'ironie ?

samedi 8 novembre 2014

Amandine des fraises et de la tendresse


Avertissement. Ce billet est terriblement intime. Et pourtant, il faut qu'il soit écrit. Pour elle.

Je fais aujourd'hui un pas de côté. Un écart au parti pris de ce blog (s'efforcer de ne dire que le beau, le merveilleux des petites choses ou, à tout le moins, laisser parfois une trace de la souffrance, en filigrane). J'écris ce billet pour vous dire mon chagrin. La perte d'un être précieux. Qui a nourri ce blog et qui m'a souvent dit : «ça, c'est tellement des-fraises-esque», qui m'a inspiré. Mais au diable le chagrin. L'important c'est la perte, c'est l'absence, c'est le gâchis. L'important, c'est de la garder vivante et joyeuse, comme elle l'a si souvent été. Dans la vie. Et dans ce blog.

Amandine m'a dit un jour, dans un moment de détresse, « Tu sais, Lolo, on peut mourir par manque de tendresse ou d’affection. » Dont acte.

Tu m'as pris dans tes bras, me serrant fort fort fort, heureuse de me voir, et c'est moi qui aurait dû te serrer encore plus fort, pour te dire à quel point tu comptais pour moi et tant de gens, tes amis, ta tante Catherine, Tadek qui t'amusait avec son élevage de fourmis, les enfants à qui tu enseignais le théâtre, la famille de Sotigui, ou l'épicier en bas de chez toi. Tu m'as concocté tant de fois ta tarte au maroilles. Tu m'as servi et re-servi du pinard entre deux chansons au ukulélé que tu grattais avec talent pour moi, rien que pour moi. On en a vécu, des vertes et des pas mûres. Pour mes 30 ans, tu m'as appris à rouler des pétards. Pour mes 40 ans, tu as gravé de ton écriture enjouée chaque verre de chaque convive. On a partagé quelques Noël au coin du feu parce que cette date t'était douloureuse. On a trinqué à nos amours, à nos emmerdes, assis sur un coin de nappe posé sur les pavés de l'Île de la Cité, faisant coucou aux bateaux-mouches emplis de touristes émerveillés glissant sur la Seine. Je t'ai emmené voir Catherine Ringer à la Cigale. Tu m'as emmené voir Mariam et Amadou dans une fête à Saint-Ouen, c'était chouette.

Dans la lettre que tu as laissée, tu écris : Lolo, courage, tiens le coup.

Je tiens le coup, ma belle. Aussi longtemps que le hasard me prêtera vie, j'aurai une pensée pour toi qui m'a inspiré, qui m'a aimé, qui m'a envoyé péter quand je déconnais. Tu vas me manquer. Terriblement.

Amandine, je te dédie mon blog.



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Pour vous, cher lecteur qui l'avez connue ou qui souhaitez lire les moments drolatiques, étonnants, poétiques où Amandine figure, cliquez ici.

Mise à jour du 18.11.2014 jour des obsèques d'Amandine au Père Lachaise, le billet de Boutfil qui l'a connue et aimée et qui m'a prêté son épaule ce matin. 

mardi 4 novembre 2014

Les vibrisses ou la tête à l'envers



Un chat retombe toujours sur ses pattes...


Louise, 4 ans, Lucie, 8 ans, en contemplation devant un globe terrestre qu'elles font tourner.

Lucie : Ils se rendent compte les gens, là, qu'ils vivent la tête à l'envers ?
Louise : Elle est où mon école ?(*)

...

Louise : Moi, j'ai réfléchi dans ma tête. Les moustaches du chat, c'est fait pour tenir debout. Si tu lui coupes les moustaches, il tombe. 
Moi : Comment tu sais ça ?
Louise : C'est maman qui me l'a dit. 
Moi : Pourquoi tu dis "j'ai réfléchi dans ma tête" alors ?
Louise : Parce que je BLAGUE. 
Et elle part d'un rire sonore. Le chat, jusque-là dans son giron, en profite pour se faire la malle. 
Et j'ai appris en me promenant sur les internets que les moustaches (les vibrisses pour être précis) sont des organes sensoriels permettant à l'animal de juger des variations de l'air dans un environnement proche. Ainsi, la nuit, le chat peut détecter tout objet en mouvement passant à proximité. Quant à perdre l'équilibre si on les lui coupe, cela s'avère être une fausse croyance. 


(Source : Wikipedia)
(*) il faut que je leur montre Google Earth, c'est magique. 

samedi 25 octobre 2014

Conte de fées défait et de la tendresse

 

Ce matin à 11h45, un garçon m'a envoyé un conte de fées. Il a pris des émoticônes, les a assemblés, me les a envoyés par SMS (illustration).

...

Ce court billet pour vous proposer de vous abonner à ce blog (si vous le n'êtes pas déjà) et/ou d'aimer la page Facebook. Je prépare en nez fée un billet exclusif (par e-mail) à l'attention de mes abonnés.

Tendrement,

Laurent

P.S. Droit de réponse de l'auteur à 20h38 et conte "défait" ci-après :



vendredi 17 octobre 2014

Journée offerte



Il y a des jours comme ça. Qui roulent. Qui commencent bien. Petit-déjeuner tout en tendresse chez un bel inconnu. Y a pas à dire, ça apaise ça donne de l'énergie, la banane quoi. Ou la patate.

Café. Jus de pomme. Jus de grenade pour les antioxydants. Massage pour les enzymes du bonheur. Il me raccompagne jusqu'au métro et m'embrasse dans le cou. Le baiser qui pique dans le cou, juste là, entre clavicule et deltoïde, pour le petit frisson électrique du matin. Que demande le peuple ? De la tendresse!

Métro. Boulot.

Pause déjeuner. Ma cantine. Le Pierrot à La Motte-Picquet Grenelle. Qu'il pleuve ou qu'il vente j'y suis toujours accueilli avec le sourire et force gentillesse. Produits frais. Plats faits maison. Après échange de poignées de mains avec employés et patrons, je m'installe sur la banquette et commande la blanquette. Je fais le vide. J'oublie les tracas du quotidien, la surcharge de travail et j'en passe des vertes et des pas très mûres.

Le serveur à la gueule d'ange me confie :
- Vous êtes un des clients que je vais regretter le plus. (Si je n'étais pas client, s'il n'était pas si beau, je me jetterais dans ses bras).
- Quoi ?! Vous partez ?!

Même absent j'observe ou contemple toujours d'un œil gourmand ce qu'il se passe autour de moi.

Le couple en face de moi paie l'addition et s'en va. Le monsieur tout en rondeur me désigne leur pichet de vin à moitié plein.

- Vous le voulez ? dit-il en lorgnant sur mon verre à moitié vide... d'eau.
- Oh... pourquoi pas...

Le client m'apporte son pichet.

- Ne croyez pas que je suis alcoolique mais une telle invitation ne se refuse pas.
- Oh je ne crois rien. Je suis marseillais, dit-il dans un rire.

Sur son énigmatique répartie et un sourire de sa dame, nous prenons congé. Je commande ma panna cotta à la fraise et songe à retourner au turbin. Puis. Surprise. En guise d'addition, un ticket à la gloire de Toto :

0+0 =