Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

samedi 18 mai 2013

40



Carton réalisé par La Shampouineuse alias @MichelPoulain, disciple émérite de la French Touch, récemment exposé(e) aux Arts Décoratifs (Paris).  
Bulle : Jérémy Zeitoun, alias @Pulko
 Merci !

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Qui est La Shampouineuse ? (article paru dans Vivre Paris)


La bouche rit, le photomaton et mes slips en Bourgogne



Les clichés qui suivent n'ont aucune espèce de rapport les uns avec les autres. Ou celui d'avoir été captés par ma comprenette. 

Les lettres de l'Olympia attendent d'être hissées. Il faut visiblement des trésors d'énergie (confère la canette) pour composer à quatre mètres du bitume parisien le nom des artistes se produisant là.

J'ai cru qu'ils avaient installé un photomaton dans le TGV. 

Quelque part en Charente.


Voui bon, ça n'est pas un cliché, mais une capture de tweet. Mais vraiment. Il me fait faire pipi dans mon slip (de rire). Béni soit Jack Mariole

Un bout de trottoir triste à Paris.

 
Avec @MichelPoulain alias La Shampouineuse qui me concocte un carton d'invitation pour mes 40 ans. 

Et puis, pour conclure, un Vine™ de mes slips en Bourgogne :



dimanche 5 mai 2013

Dis, tu Vine™ ?


(cliquez sur le petit bouton du son en haut à gauche pour... avoir le son)


Je suis devenu fan de la nouvelle application Vine. Une de plus. Bah oui. Une nouvelle façon (hyper simple) de partager sur la toile des morceaux de vidéos, des bribes de vie. Six secondes en mini tranches d'un quart de seconde, ou six secondes de brins d'herbe frissonnant sous le vent et le chant du grillon qui se réveille à l'été approchant, le malheureux, il l'a attendu, l'été. 

Posté sur Vine puis simultanément sur Twitter et/ou Facebook. Et la vision en boucle d'un instant volé dans la ville, d'un chien fou tournant autour d'une table basse, tournant et tournant, jusqu'à ce que l'on tapote l'écran sensible de l'iPhone pour arrêter la course du chien. Finalement, des gifs animés à la portée de tout le monde, Raymonde. 

Depuis une petite semaine, j'ai publié sur Vine :

* Un bain de soleil sous la tendre étreinte d'un ami sous la musique de la nature mêlée à une ritournelle électro.

* Le chant du coq agacé par le Parisien qui le course armé de son téléphone.

* Ma sœur et mes nièces qui repiquent des plants de salade sous l'œil expert de mon père.

* Des boutons d'or oscillant sous le chant du merle, entre chien et loup. 

* Ma petite Louise, langue coincée sous la langue, 2 ans et demi, qui se bat contre une chaussure qui refuse d'accueillir son pied.

* L'âne curieux qui vient dire bonjour. 

* Le zhu zhu pet, jouet émettant de drôles de sons, un aboiement, et se promène sur mon parquet, joue de l'auto-tamponneuse avec mes meubles.

* Le bout sablonneux du Jardin des Tuileries que je traverse à Vélib le matin, me rendant au boulot.

* Un lip-dub avec des copains dans le train nous conduisant à la campagne.

* La coccinelle qui trottine sur l'écran de mon ordinateur.

* La poêlée de cèpes qui grésillent d'ail de persil de pommes de terre sarladaises.

* Le papillon que je surprend sur un brin d'herbe.

* Un poussin coincé dans ma paume qui réclame sa mère avec force piaillements.



(cliquez sur le petit bouton du son en haut à gauche pour... avoir le son)

samedi 20 avril 2013

Annie Cordy et le hareng-pomme à l'huile






Apéro en ce début de printemps à Paris, sur les quais de la Seine, pas loin de Saint-Michel, avec Amandine. Nous devisons, nous levons nos verres aux touristes qui nous saluent depuis leur bateau-mouche, nous nous bidonnons. Étrangement et fabuleusement, nous aimons nous bidonner de conserve.

Nous lisons à haute voix, hilares, les botulèmes qui suivent. En voici quinze. Pourquoi quinze ? Parce que.

1. Finalement Annie Cordy c’est mieux que Charlotte Corday. 

2. Qui trop s’embrasse manque le train.

3. Quand l'amour tarde, le corps nichon.

4. Tout le monde veut sauver la planète mais personne ne veut descendre la poubelle.

5. J’aime le côté j’m'en foutiste des morts.

6. La SPA, c'est pas fait pour les chiens.

7. Pour la communion, l’hostie est quand même plus pratique que le hareng-pomme à l’huile.

8. Dieu soit loué, d’accord mais meublé.

9. Je mettrai une robe le jour où le dalaï lama se mettra en pantalon.

10. Si ton boomerang ne revient pas, c'est qu'on t'a vendu un cintre.

11. Connais-MOI toi-même. 

12. Entre Marie Curie et Marie Brizard, je n’hésite pas.

13. Aristote était capable de penser en marchant, et de dire bonjour.

14. Un vieux qui meurt, c’est une place de parking qui se libère.

15. L’intelligence artificielle: un espoir pour les cons!

Ah non, tiens, 16, y'en avait seize. 

16. Quand le héron prend son pied, il se casse la gueule.



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Ces traits de génie fabuleusement barré sont à l'actif de Jean-Baptiste Botul.

Amandine Brylinski plante régulièrement son élégante punkitude aux salons Botul. Elle écrit notamment "Pour un botulo-féminisme" sur botul.fr et elle perd parfois sa jupe à trottinette.

D'autres botulèmes ?

#botul


samedi 13 avril 2013

Laurent et Laurent

Certains ont une boîte à chaussures où ils réunissent leurs souvenirs. Pour ma part, ce blog fait office de vaste boîte à chaussures ouverte sur le monde, où je consigne mes trésors, mes rencontres furtives, riches, étonnantes. Par de drôles de hasards, je retrouve un billet que j'avais publié puis effacé, perdu sur un alias de blog, rescapé désormais sur les fraises et la tendresse. On se remémore parfois un moment de bonheur pour se réchauffer, s'alimenter d'un instant précieux pour empêcher la grisaille ou la détresse qui s'installe en soi, en catimini. Je m'offre aujourd'hui, je vous offre ce moment. C'était en 2006.


Voici quatre ans que Laurent et moi utilisions les moyens modernes de communication : chat, webcam mais aussi le téléphone et le courrier. Quatre ans que les continents nous séparaient. Ni lui ni moi n’étions encore prêt à sauter dans le grand bain d’une relation. J’ai lu son profil, j’y ai "vu" quelqu’un de sensible, honnête et… formidable. Au fil des conversations, nous nous trouvions de troublants points communs, découvrions l’univers de l’autre, par le truchement de la webcam. Quand il y a un an, quelqu’un est entré dans ma vie, il a patienté, remis son voyage en France à plus tard, ne m’a pas confié son désarroi ni son impatience. Puis nous organisons notre rencontre.

« Jeudi 7 septembre 2006, je me réveille dans les bras de Laurent ». Voilà ce qu’il avait écrit sur son agenda moleskine.

Pendant que je conduisais, de retour de mes vacances studieuses dans le sud-ouest, lui traversait les océans. Mes 700 kilomètres faisaient pâle figure à côté des 17 000 qui nous séparent, qui séparent Paris de Melbourne.

Le 6/09/2006, je me trompe de terminal d’aéroport, nous nous attendons à deux endroits différents. Quand une heure plus tard, nous parvenons enfin à nous rencontrer, après ces quatre années de virtuel, c’est le choc, pour lui comme pour moi. D’aucuns appelleraient ça le coup de foudre. Nous ne savions pas que le sort nous réservait d’aussi belles surprises. Jamais je n’aurais cru… je ne pensais pas que… ça m’est tombé dessus et j’en suis encore estomaqué.

Il vit dans un grand appartement dans un pays démesuré et le voilà coincé pendant un mois dans mon vingt mètres carré. Nous nous construisons un quotidien, fait de petites habitudes et de virées extraordinaires, de promenades dans les bois et sous la tour Eiffel qui scintille. J’ouvre des portes cochères interdites, je l’emmène à l’Opéra Garnier, veux absolument lui montrer ce somptueux plafond de Chagall et trompe la vigilance des sentinelles qui empêchaient ce jour-là l’accès à la salle. Une nuit à contempler Paris du haut des marches de Montmartre. Une après-midi à observer les pensionnaires du zoo de Vincennes (Suricates, hippopotames, girafes et loup blanc). La fausse cascade et la vraie splendeur du Parc des Buttes-Chaumont.

Mes amis l’accueillent à bras ouverts. Il apprivoise ma "niche" de vingt mètres carré. Nous nous réveillons dans les bras l’un de l’autre et le monde nous appartient. Un sourire, un éclat de rire de lui et je fonds.

Chacun chez soi depuis un mois. Le passage à l’heure d’hiver nous décale de deux heures. Quand il se lève, je me couche. Quand je me couche, il se lève. Il est 22h22. Dans 8 minutes, je l’appelle et le réveille pour lui dire que je l’aime.

Une amie nous avait offert deux t-shirts où était inscrit "Jeudi 7 septembre 2006, je me réveille dans les bras de Laurent".


vendredi 12 avril 2013

Bonjour Marie, je suis à Paris avec Raymond.


Photo © Eugène Atget

Si Paris n'était pas Paris, nous n'aurions ni jambon ni champignon de Paris, ni les p'tites femmes les p'tites femmes, ni la Commune ni Doisneau ni Atget. Nous n'aurions pas Mickey à Marne-la-Vallée et Rayponce tricoterait ses cheveux à Orlando, Floride, USA. Apple ne pavanerait ni au Louvre ni à Opéra. Ni taxi chafouin, ni serveur affable causant anglais avec un accent à couper au couteau. Nous ne croiserions pas tous ces accordéonistes de pacotille qui assassinent les chansons de Piaf ou Trenet.

Nous n'aurions pas le loisir de fricoter avec le touriste américain, russe ou saoudien, de bercer leur sommeil dans les 76 000 chambres d'hôtel que compte la capitale. Si Paris n'était pas Paris (2e ville la plus visitée au monde), je n'aurais pas eu le loisir de poster pour un client la carte qui suit :

Bonjour Marie, je suis à Paris avec Raymond. Nous regardons passer les gens près de la Tour Eiffel et nous buvons un de ces vrais cafés français, dans une petite tasse, parce que ça donne l'impression d'avoir de grandes mains. Raymond porte des rayures comme un autochtone. Je suis à court d'espace mais au moins j'ai dit le plus important. J'espère que tu aimes les ours en peluche (...)

Pour ma part, je bois mon café dans de grandes tasses (j'ai de ravissantes petites mains d'elfe), je porte des chemises à carreaux parce que je coupe régulièrement du bois, j'aime les ours en peluche mais à taille humaine, avec des mains qui savent écrire et boire des bières ; casquette de titi parisien vissée sur le crâne et barbe au vent, je rattrape mon bus à trottinette, je photographie les pissenlits épargnés par les déjections canines le long du cimetière du Montparnasse ; la baguette croustillantes sous le bras, j'écoute la pluie qui tombe dru et je parle à mes pensées qui tardent à fleurir. Je leur récite des poèmes de Baudelaire.

J'imagine parfois que les couples se bécotant sur les bancs publics ou enlacés, adossés à la rampe d'escalier menant à Montmartre ou encore ceux qui trottent gaiement main dans la main, sifflotant, sur les quais de la Seine, sont de simples figurants payés par l'Office du Tourisme pour entretenir l'image sirupeuse et romantique de Paris.


mardi 9 avril 2013

La dame à la petite endormie sur son giron



Dans le métro me berçant jusque chez moi, minuit passé, la dame au manteau grenat, à la robe à grosses fleurs, veille sur sa petite. Tête penchée, elle tient sur son giron sa fillette endormie. Son sac à main pend fatigué à son coude. Cheveux blond vénitien tirés en arrière, de petites boucles d'oreilles bleu turquoise, le visage caressé par la torpeur, dans une main une baguette et sur les épaules tout le poids du monde. Le chauffeur de métro donne un à-coup. Elle ouvre les yeux, se tourne vers moi et m'adresse un sourire empli de lumière.



photo ©desfraisesetdelatendresse

dimanche 7 avril 2013

Du catéchisme, du football et de ma maman sur un parking


Les chaussures bleues et rouges, la trottinette, le retour à l'enfance n'est pas un hasard. Je crois n'avoir jamais perdu ce morceau d'innocence et de naïveté mêlées (j'en vois qui rient sous cape, au fond) qui m'aide à tracer ma route avec légèreté, détachement amusé, philosophie. Voici l'histoire que je racontais ce soir à une amie. La genèse de mon esprit revêche, rebelle. 

Je devais avoir 9 ans quand j'ai exprimé fermement mon rejet du protocole, de la norme. À la façon d'un gamin. Mes parents ni croyants ni pratiquants m'avaient inscrit au catéchisme. Je me ferais mon opinion, m'avaient-ils dit. Ma grand-mère paternelle était croyante, une vraie grenouille de bénitier. Je me souviens l'accompagner à la messe le dimanche. Dans ce village perdu du Périgord. Je ne me souviens pas tant de la messe, mortel ennui, que de la promenade sacrée jusque Chez Lescoup, l'épicier, à côté du Codec, supermarché de Prigonrieux, rieu profond en langue d'oc. Village endormi au bord de la rivière. Mon instant de joie anticipée du dimanche, le cadeau de ma grand-mère. L'achat du cornet en papier bleu "garçon" contenant son lot de surprises "garçon". 

La même année, ou presque, ma mère m'avait inscrit de force au club de foot du village. À ses yeux, j'étais le petit garçon chétif sans amis, trop solitaire pour être honnête. C'est elle qui m'encourageait à sortir en boîte de nuit avant l'âge légal, au Windsor, énorme discothèque à la ville, Bergerac. Qui venait nous chercher, une amie et moi ; ma mère endormie au volant, en pyjama, à 3 ou 4 heures du matin sur le parking du night-club.

Pour les camarades de l'équipe de foot, j'étais le joueur pas très doué qu'on poste en ailier arrière pour pas prendre trop de risques, et plus souvent qu'à l'ordinaire remplaçant, sur le banc de touche. Je ne revivais qu'aux matches d'entraînement, j'étais fier mais fier comme un pape de mes genoux crottés de terre, de mes crampons, de mes longues chaussettes à grosses rayures maculées de boue. Au terme d'une année assez pénible, marre de faire le pied de grue, de m'emmerder, j'en voulais à ma mère, je décide de mettre l'entraîneur au défi. Au défi de me faire jouer un peu lors d'un tournoi qui se déroulait dans un village voisin. Un tournoi c'est au mieux une dizaine de matches. J'avais bon espoir de taquiner la pelouse, et peut-être par miracle, le ballon. C'est seulement à l'occasion du dernier quart d'heure du dernier match que je manque gagner le terrain quand l'arbitre siffle la fin. J'étais furax. J'ai quitté le club de foot. En pleine saison. Je me souviens des appels à la maison du président du club, mais pourquoi mais voyons mais reviens, on te fera jouer. Il s'inquiétait peut-être du trimestre qui resterait impayé. Je n'y suis jamais revenu.  

Le catéchisme n'a pas eu plus d'emprise sur mon esprit rebelle. Trois mois avant ma première communion qui me verrait affublé de blanc, j'ai renoncé à l'église, à la cérémonie religieuse, à la montagne de cadeaux offerts par les tantes oncles et cousins germains. Une tradition que je piétinais à la stupeur des camarades de mon âge. Qui, eux, se sont goinfrés d'hosties, wow les chanceux.

N'empêche... du foot, j'ai gardé un souvenir vif et ému des vestiaires, d'un garçon beau comme un dieu dans les douches collectives. Merci, maman.


samedi 6 avril 2013

Vanitas vanitatum referendum

 
Vanitas* vanitatum referendum (prononcer à la latine : vanitas vanitatoum référendoum)


Déjà passablement désabusé par la tournure détestable que prend la vie politique de notre pays, j'entends hier que "le premier secrétaire national du PS Harlem Désir a défendu l'idée d'un référendum auprès des Français en vue de mettre en œuvre des réformes pour la moralisation de la vie publique." 
Bah voyons. Demandons aux Français s'il faut moraliser la vie publique. Agissez, bordel !, au lieu de brandir une idée aussi stupide qu'inutile.

Agacé, je tweete :
Référendum. La moralisation de la vie politique : 1. c'est bien. 2: c'est mal. 3: la pluie ça mouille. 

Et ce matin, je découvre pas peu fier* que mon cri du cœur est repris sur iTélé (lien vidéo).



Lire :
La droite tenait-elle Cahuzac par la barbichette ?
Harlem Désir condamné pour emplois fictifs ("qui lui valent une condamnation, le 17 décembre 1998, à 18 mois de prison avec sursis et 30 000 francs d'amende pour recel d'abus de bien sociaux," et ça veut donner des leçons de morale ? (l'hôpital, la charité...)

Après, on pousse des cris de vierges effarouchées, on s'étonne que le quidam souscrive au "tous pourris"?



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Sources :
Le Monde, Le Huffington post, Le NouvelObs et @deefray membre éminent de la #teamLDP ("équipe langue de pute") qui sévit sur Twitter.

vendredi 5 avril 2013

Où ai-je encore mis mes Repetto ?


Illustration : pour les non initiés (non iPhonophiles, non smartphonophiles), il s'agit d'une fenêtre de discussion privée entre deux internautes(*) cherchant un compagnon de macramé1, Grindr2 étant l'application idéale pour nouer liens et fluides.

Les bulles bleues, c'est l'Autre. Les bulles bouton d'or, c'est moi.


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1 Une forme de création de tissu basée sur une technique particulière de nœuds(*) (Wikipedia)
2 Mes précédents billets sur la chose Grindr :
* Ma vie sans Grindr #fail
* Tu es plutôt voyelle ou consonne ?
* Avant que la solitude ne sente la litière pour chat
* Le point 3G dans ton smartphone


lundi 1 avril 2013

La fillette et le pitre sur un quai de métro


Alors là, je vous préviens, je vais la jouer quasi mystique. Mystique et fleur bleue, bisounours, ce que vous voulez, en gros à l'inverse du morose généreusement vomi çà et là. Façon, ce blog s'appellerait pas ce qu'il s'appelle s'il n'avait pas, au fond, une mission.

Un ami me confortait récemment dans l'idée des bienfaits des jolies choses, du bon, du beau. Attention... patatras, et là, je m'empêtre dans les justifications, les je-sais-la-souffrance-du-monde, les je-sais-le-monde-qui-tourne-carré ou parallépipède, je sais-bref. Fleur bleue, bucolique aussi, poète cruel et tendrement amusé par ses contemporains, bisounours assumé qui manie, z'avez vu, le poncif à merveille (cf. l'accroche de mon blog où figure la mention "poncifs"). Camembert.

Ce préambule un peu frappé de la chéchia pour vous narrer la saynète improvisée par mon amie Amandine (celle-là même qui perdait sa jupe à trottinette).

Je digresse encore.

L'homme-de-ma-vie, mon bel Australien, me racontait un jour comment il méditait le soir. Une séance de yoga où il passait en revue les bons moments de sa journée, il rendait grâce (je vous avais prévenu, quasi mystique). Rendre grâce, c'est dire merci. Éprouver et formuler sa gratitude*.

Amandine et moi nous séparons, gagnant chacun le quai de son métro. Ligne 13. Direction Asnières-Genevilliers pour elle. Châtillon-Montrouge pour moi. Une étreinte un au revoir. À travers les vitres blindées empêchant les gros dépressifs de se jeter sous le train, nous meublons l'attente en mime. Nous mimons, moi la douche en rentrant, la bouteille de pif que je débouche, le verre de vin que je me sers. Elle mime la fille de bonne famille ou la punkette. Une fillette se prête au jeu et s'ensuit une saynète qui m'emplit de joie. L'amie lève la jambe, la petite fille lève la jambe, l'amie fait des pointes, la petite fille éclate de rire et fait des pointes. Excitée comme une puce, elle ne lâche plus mon amie. La maman finit par se lasser de sa gamine qui fait des pitreries avec une inconnue. Amandine ne voit pas le monsieur à sa droite derrière elle qui ne se départira pas une seconde d'un sourire éclatant, bienheureux.

Ainsi que je l'écrivais dans le précédent billet, et dans le SMS envoyé à mon amie : *Merci Amandine d'être toi, *merci la vie.

dimanche 24 mars 2013

Qui sur ma trottinette...



Sur ma trottinette, barbe au vent, je racontais comment je rentrais en contact avec mes contemporains, via et grâce à mon nouveau jouet. Qui, non content de me donner la banane, un shoot d'enfance, raccourcit singulièrement mes trajets. Et m'emplit de tendresse quand je la prête à des amis, quand ils retombent en enfance deux minutes, un soir sur un trottoir parisien.

"Faisons un tour de trottinette," dis-je à mon amie Amandine. Prolonger la douceur de l'apéro saucisson-Bourgogne par un bout de chemin, jusqu'à la station Gaîté, pour rejoindre son Saint-Ouen chéri. Cheveux au vent, Amandine fend la bise, alerte, s'amuse. "Tu freines en appuyant le pied sur le garde-boue arrière, pas ce pied, l'autre." "Attention à ta jupe !" Au terme de deux ou trois avertissements amusés, je vois la jupe de l'amie glisser puis tomber sur la trottinette, voleter gaiement en son sillage. Et l'amie qui roule rieuse. J'insiste : "Ta jupe, tu as perdu ta jupe !"

À l'angle de l'avenue du Maine et de la rue Froidevaux, nous rions, nous nous tordons, nous en pleurons de rire, tandis qu'elle tente en vain d'enfiler de nouveau sa jupe. "Tu vois, Lolo, j'ai un jupon en satin et la jupe fait main n'avait sûrement pas une bonne attache, sur le satin, ça glisse." C'est un irrépressible fou rire en pleine rue comme je n'en ai jamais vécu. Merci Amandine, merci ma trottinette, merci la vie. 


vendredi 22 mars 2013

Sur ma trottinette, barbe au vent


 
"Quand @desFraisesetc lui montre sa trottinette, le fou regarde ses chaussures… Et veut s’acheter les mêmes." (Tweet de @Troistrois)

Alexandre Vialatte1 décrivait avec un talent immense, une plume subtile, élégante, riche et délicate, parfaite, les grandes et petites choses qu'il observait. Il écrivait dans une de ses chroniques à propos de l'homme promenant son chien à la tombée du jour. L'homme au bout de la laisse de son chien. Le chien promenant son maître. Trois mois durant, en compagnie d'une actrice et d'un acteur, j'ai joué les textes de Vialatte, en 2006, dans un petit théâtre parisien. Éloge du Homard, adapté et mis en scène par une amie. Mon plus beau souvenir de scène, incarnant un clown contemporain, lunaire, cruel, poète.

Je n'ai pas perdu ma part de clown. Le lien avec Vialatte est un peu capillotracté, s'est un peu perdu dans les flasques méandres de ma digression (mais j'aurai peut-être réussi à vous donner envie de lire ou relire Vialatte). L'homme qui promène son chien. Et mon constat (celui de beaucoup de gens) : promener son animal de compagnie crée l'éphémère rencontre dans la rue, en bas de chez soi. Deux maîtres se reniflent le derrière et leurs toutous se parlent. Ou plutôt le contraire. Le toutou a servi d'objet de discussion, d'entremetteur.

Mon toutou à moi, mon jouet, ma trottinette.

Un couple âgé que je dépasse, barbe au vent, m'aborde un peu plus loin alors que nous stationnons au croisement de la rue Caulaincourt et la rue Joseph-de-Maistre, en haut du cimetière de Montmartre. L'homme m'interroge sur le modèle et admire la facilité à déplier, replier l'engin. Le serveur du bar gay profite de me souhaiter le bonsoir, de m'embrasser pour emprunter ma trottinette et faire un tour rue des Archives, dans le Marais. Et @MichelPoulain qui me la pique pour se rendre Chez Vito, vingt mètres plus loin, non sans lancer un "YeeeHaaaaaa2" triomphant.

Quelques heures auparavant, je gravis les marches menant aux bureaux d'une société proposant services et conseil aux hôteliers. L'hôtesse ouvre la porte, me souhaite la bienvenue, roule des yeux écarquillés quand je lui demande "vous avez un garage pour ma trottinette ?". Vite armé d'une coupe de champagne, je range manteau et véhicule dans le vestiaire. Au terme d'une demi-heure de gai papotage avec les hôtes de cet "Apéro yield management et e-distribution" (vente en ligne au meilleur prix au bon moment, pour causer français), j'écoute la présentation, les discours ornés de franglais à chaque coin de phrase. Parmi les invités, des directeurs et/ou propriétaires d'hôtels 4 étoiles, des directeurs financiers, commerciaux, tous en costard-cravate, je fais tâche. Casquette, jeans, baskets rouges et bleues.

Anticonformiste. C'est le terme qu'emploie le prof et acupuncteur émérite qui lit en moi comme en un livre ouvert. Il me soumet d'abord à la question, me parlant et parlant à ses pairs venus en stage. Une douzaine d'élèves et thérapeutes mêlés qui viennent tour à tour contempler ma langue de cobaye, prendre mes pouls, alors que je suis allongé sur la table de massage avec pour seuls accessoires un slip bleu et rouge, un paréo pour me protéger du frais, puis les aiguilles que le prof plante en des points, sur des méridiens bien précis. Troublante expérience que celle de servir de cobaye.

Buvant à pleine gorgée le rayon de soleil de cette fin de mars, je roule à trottinette. Je glisse sur le bitume, slalome barbe au vent entre piétons et caddies. Accédant à ma rue, à l'angle du cimetière du Montparnasse, je croise le neveu de la gardienne, au bras de sa compagne. Il m'interpelle : "Ah, ça, c'est écologique, au moins."


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1 Lire ses Chroniques de La Montagne, deux volumes réunissant 900 bijoux parus chez Bouquins)
2 Youpiiiiii en français, ça fait pas très viril, hein. Donc YeeeHaaaaaa, en anglais.

mardi 19 mars 2013

La grosse dame aux Crocs™ vertes, peut-être



Je passe le seuil de la blanchisserie sous un tonitruant carillon annonçant mon arrivée. La grosse dame aux Crocs™ vertes m'accueille, comme toujours, avec un sourire généreux. Lui tendant mon ballot, je me ravise. Je déboutonne les chemises sales. Elle rit : "Mais non, laissez." Je lui avais un jour demandé si elle préférait que le client dépose sa chemise boutonnée ou pas. Voyez comme je me pose des questions existentielles, et bêtes. Déboutonnées, évidemment, ça soulage le travail des repasseurs. D'humeur modestement utile, je m'inquiète du sort des cintres métalliques. "On les reprend, bien sûr," répond-elle, haussant une épaule.

La dame aux Crocs™ vertes et moi échangeons à propos de la neige qui a égayé et fichu la pagaille dans la capitale, de nos horaires respectifs. Des lubies de nos patrons. Mais le signal sonore annonce l'entrée d'un nouveau client, la fin de notre conversation.

Le lendemain je lui confie le linge sale d'un client de l'hôtel. Déballant le sac pour séparer les chaussettes des maillots de corps vieux comme Hérode, elle jette un œil amusé aux chaussettes. Sur chacune est cousue une étiquette. Un numéro pour chaque paire. Visiblement, elle a eu son lot de bizarreries. Et cela n'a pas l'air de la déranger. Avant de lui souhaiter la bonne journée, je commente ma toute nouvelle livraison de cintres métalliques, pas peu fier de mon ridicule geste pour l'environnement (car avant, je jetais) :

- Les gens m'étonnent. J'ai dit à mon patron que je recyclais vos cintres et il m'a toisé. M'a dit, bougon, bah pourquoi ? Faut les jeter.

Et la grosse dame aux Crocs™ vertes me donne la raison que je n'avais imaginée, tant elle est bête comme chou :

- C'est parce qu'il ne veut pas donner, confie-t-elle en écarquillant les yeux, une moue moqueuse sur les lèvres. S'il y avait moins de gens comme ça, de gens égoïstes, le monde irait peut-être un peu mieux. Peut-être.