Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

jeudi 12 février 2015

La diva maquillée comme un camion



C'était mon premier concert de "musique classique contemporaine"  le terme est absurde : comme si on voulait coller la même étiquette, pour faire une analogie aussi approximative avec la "chanson française", sur Carla Bruni, M, Michel Sardou, Jenifer, Christine and the Queens ou Cindy Sander. Bref. C'était au Studio 104 de la Maison de la Radio, le festival Présence "Les Deux Amériques".

C'était... captivant, intéressant. Les deux premiers morceaux, surtout. Michael Gordon et son Cold. Benjamin de La Fuente et son On Fire, foisonnante, énergique et hirsute partition sur le texte (en français) de Malcom X. Le reste, était à mon sens, anecdotique. J'ai surtout apprécié d'écouter de près l'Orchestre Philharmonique de Radio France, dirigé par Joshua Dos Santos. Orchestre, organisme vivant respirant et rugissant sous mes yeux ébaubis.

L'enfant de 4 ans que je suis parfois s'est attardé à observer trois ou quatre détails :

Le bas filé de la violoniste tirant une tronche de quatre kilomètres avant pendant et après le concert
Les souliers vernis de l'altiste qui gigotent sous sa chaise
Les percussionnistes faisant le grand écart entre le triangle, le gong et les cloches de vaches
Les grosses traces de doigts sur le piano Steinway
Le pianiste altruiste qui fait des signes à sa tourneuse de pages dépassée par la modernité de la partition
La violoniste citée plus haut qui éternue à plusieurs reprises, qui toussote aussi  une voix enregistrée interdisait pourtant de tousser pendant le concert 
La raie des fesses dépassant généreusement du pantalon du technicien pendant le changement de plateau
La diva américaine maquillée comme un camion qui, plus tard au restaurant, mange son burger et ses frites avec les doigts sous l'œil placide du directeur de la programmation

Et pendant que mon ami pianiste s'absente de table, la soprano-au-burger m'adresse la parole :
 Vous êtes un ami de Wilhem ?
Je me mords les lèvres pour ne pas lui répondre :
 Non. J'avais faim, je passais dans le quartier, j'ai vu qu'il restait une place à votre table et je me suis installé.


---
Vous pourrez écouter ce concert (et entendre éternuer la violoniste bougonne) lundi 23 février 2015 sur France Musique à 20h dans les Lundis de la Contemporaine



mercredi 4 février 2015

La vieille dame au foulard chamarré


Un foulard chamarré sur le front buriné par les ans, une chaussette remontée, l'autre pas, le regard qui s'accroche au mien. Minuit longtemps passé. Il fait un froid de gueux. Ses mains commentent ses paroles. Je parle avec une vieille dame dans le métro. Je ne comprends pas grand chose à ce qu'elle me raconte mais elle me raconte un monde de gens, de sentiments, de couleurs. Elle y met du coeur. Je n'y comprends goutte. Mais elle est contente. Et moi aussi.


mercredi 28 janvier 2015

La gentillesse des inconnus


J'avais déjà écrit sur le sujet dont le traitement est un océan de chroniques. La gentillesse des inconnus. Ou des étrangers, c'est selon. Selon qu'on décide de traduire "the kindness of strangers" par la gentillesse des inconnus ou des étrangers ; la gentillesse des étrangers, qualité à laquelle s'accroche éperdument Blanche, personnage de la pièce phare de Tennessee Williams, Un Tramway Nommé Désir.

Je ne vais pas écrire une dissertation sur le sujet. Il faudrait, pour cela, que j'entre dans le détail du personnage et sa folie et du pourquoi je m'identifie à elle, étrangement.

Je me contente de livrer ici quelques exemples :

Ma gardienne qui pose un mot sur ma porte parce que j'ai eu l'étourderie de laisser mes clés sur ma boîte aux lettres.

L'inconnue dans le métro qui tend un sourire à mon humeur mélancolique.

Le clochard qui me donne un proverbe arabe : "L'optimiste regarde la rose et ne voit pas les épines ; le pessimiste regarde les épines et ne voit pas la rose."

L'inconnu qui me donne quelques milliers de Rands à l'heure où je suis sans le sou, perdu dans un village portuaire à 3 heures de route du Cap en Afrique du Sud. Sans contrepartie. 

Et plus récemment, à l'hôtel, un client qui m'offre un cadeau. 

Quand Richard arrive et me reconnaît, il ignore les raisons pour lesquelles je le reconnais. Il exprime sa joie de me voir au même poste. Je me souviens de la dernière fois que je l'ai vu. Il y a un an, je l'aidais à récupérer sa valise, lourde comme un âne mort. Un rictus de douleur me traverse de part en part. Je fais mine de rien. Il ne saura jamais que sa valise, ou plutôt mon imprudence, a causé six mois de tracas, une entorse grave du poignet droit, fracture du scaphoïde et rupture de ligaments, nécessitant pléthore de consultations, hospitalisation, opération, rééducation et tout le tremblement. 

Je l'accueille avec la chaleur que je m'efforce d'offrir à chaque client. Il gagne sa chambre. Je le revois le lendemain. Designer et commercial de sa propre marque, il m'offre un cadeau. Je me perds en interprétations et considère l'incroyable ironie de la situation. 

Son cadeau est en quelque sorte une très jolie et inconsciente réparation des dommages. 


dimanche 4 janvier 2015

Des trèfles jusqu'au plafond du monde


Il suffit d'un rien pour égayer une morne journée. 

Aujourd'hui.
C'est la vendeuse de la boulangerie au 69 rue Daguerre qui a effacé mon humeur chafouine. Elle arborait une couronne de papier doré et son plus joli sourire à tous les clients, tous. D'aucuns, cyniques, diront, oui bon ok, c'est un argument de vente en cette Épiphanie. Je réplique, elle aurait pu ne rien porter et distribuer ses formules automatiques et sans cœur comme la vendeuse de la boulangerie à deux pâtés d'immeubles, même rue, qui, quand je commande un pain aux raisins, répond, qu'il pleuve ou qu'il vente, « et avec ceci ? » RIEN ! Ça fait mille ans que j'habite le quartier, que je vous achète mon pain aux raisins et rien d'autre... Quand l'autre vendeuse, la collègue de la tête couronnée, au 69, sait et s'inquiète de ne pas m'avoir vu pendant des semaines, lorsque j'ai été opéré et en convalescence. Elle saisit le fameux pain aux raisins avant même que je franchisse son perron. Et m'offre toujours un sourire sincère. Pour le même prix. 

Hier.
Louise 4 ans et demi s'amuse sur la tablette de sa mère et m'envoie le sms ci-haut. Je réponds :
- Et combien de trèfles ?
Lucie, 8 ans et demi, réplique :
- Des trèfles jusqu'au plafond du monde.
Et sa petite soeur renchérit :
- De la galaxie.

En cette nouvelle année, je vous souhaite, à tous, des sourires jusqu'au plafond du monde. Et même, au-delà de la galaxie. 

samedi 29 novembre 2014

On m'appelle Madame Arrosoir


Mes billets de blog naissent de diverses façons. Me concernant, ils ne trouvent leur origine que lorsque je me confronte au monde, aux petites choses, physiquement. Je ne sais pas inventer. Je convoque rarement mon imagination pour prêter vie à une histoire. Je sors de ma caverne, je me frotte au monde. Ouvre les yeux et pêche ici une image, là une rencontre.

C'est à la faveur d'un lèche-vitrine que j'ai glané la rencontre impromptue qui suit. Courte. Riche. Riche de ce que m'a donné la dame de chez Printemps Haussmann. J'avais terminé ma course, acheté mes chaussettes. L'ami que j'avais traîné avec moi prend la sortie quand mon humeur papillon s'accroche soudain à cette dame qui, un sac à main jaune bouton d'or en bandoulière, slalomait entre les rayons de la lingerie homme. Attends, dis-je à l'ami. Je m'approche de la dame, chef-de-rayon-je-suppose, qui tournait sa petite clé dans la caisse d'une de ses vendeuses et l'aborde :

- Bonjour. Dites, ça vous dérange si je vous prends en photo ? 

Un sourire espiègle dans les yeux, elle se prête à mon jeu.

- J'adore votre sac à main, lui dis-je. 

- J'en ai de toutes les couleurs. Ici, on m'appelle Madame Arrosoir.

Papotant, elle nous donne un conseil pour nos prochains achats. Une aubaine, 30% sur tout le magasin d'à-côté. Je lui dis au revoir :

- Merci pour le tuyau... d'arrosage, dis-je lui lançant un clin d'œil.


jeudi 13 novembre 2014

Je regarde la jambe de sa mère



Sans rapport avec le billet qui suit. « Si vous avez un problème... », démerdez-vous. 


Les fidèles lecteurs de ce blog n'ignorent pas que je travaille dans l'hôtellerie. J'avais, il y a quelques lunes, publié 9 perles. En voici de nouvelles...

* En ce moment, je m’amuse à apprendre phonétiquement un peu de japonais. À ma demande, une cliente nipponne joue à la prof. Pour la remercier, je lui enseigne des bribes de français. Ce matin, elle me tend religieusement un bout de papier sur lequel elle a écrit « je regarde ». Ce « je regarde » qu’elle veut prononcer correctement. Devant d'autres clients perplexes, elle dit et répète une bonne dizaine de fois je regarde je regarde je regarde je regarde je regarde puis elle prend congé, bienheureuse, comme si elle avait obtenu un précieux sésame.

* Hier, des clients américains s’enquièrent de mon prénom, je réponds « Laurent comme Yves Saint-Laurent, le grand couturier ». J’ironise avec la famille : « Le week-end j’habille les stars pour les soirées mondaines et la semaine je travaille dans l’hôtellerie pour arrondir mes fins de mois. » Dans l’ascenseur, j’entends le fils1, qui doit avoir la vingtaine, dire à sa mère, le plus sérieusement du monde : « Oh il est couturier! »

* J’ai fait un tour à trottinette à ma nouvelle directrice, je pense qu’on va bien s’entendre.

* Un mètre dérouleur traîne à la réception. J’interroge mon collègue. Que fait cet outil dans nos tiroirs ? Il répond : C'est une cliente qui voulait mesurer la jambe de sa mère.


---
1 À quel âge apprend-on l'ironie ?

samedi 8 novembre 2014

Amandine des fraises et de la tendresse


Avertissement. Ce billet est terriblement intime. Et pourtant, il faut qu'il soit écrit. Pour elle.

Je fais aujourd'hui un pas de côté. Un écart au parti pris de ce blog (s'efforcer de ne dire que le beau, le merveilleux des petites choses ou, à tout le moins, laisser parfois une trace de la souffrance, en filigrane). J'écris ce billet pour vous dire mon chagrin. La perte d'un être précieux. Qui a nourri ce blog et qui m'a souvent dit : «ça, c'est tellement des-fraises-esque», qui m'a inspiré. Mais au diable le chagrin. L'important c'est la perte, c'est l'absence, c'est le gâchis. L'important, c'est de la garder vivante et joyeuse, comme elle l'a si souvent été. Dans la vie. Et dans ce blog.

Amandine m'a dit un jour, dans un moment de détresse, « Tu sais, Lolo, on peut mourir par manque de tendresse ou d’affection. » Dont acte.

Tu m'as pris dans tes bras, me serrant fort fort fort, heureuse de me voir, et c'est moi qui aurait dû te serrer encore plus fort, pour te dire à quel point tu comptais pour moi et tant de gens, tes amis, ta tante Catherine, Tadek qui t'amusait avec son élevage de fourmis, les enfants à qui tu enseignais le théâtre, la famille de Sotigui, ou l'épicier en bas de chez toi. Tu m'as concocté tant de fois ta tarte au maroilles. Tu m'as servi et re-servi du pinard entre deux chansons au ukulélé que tu grattais avec talent pour moi, rien que pour moi. On en a vécu, des vertes et des pas mûres. Pour mes 30 ans, tu m'as appris à rouler des pétards. Pour mes 40 ans, tu as gravé de ton écriture enjouée chaque verre de chaque convive. On a partagé quelques Noël au coin du feu parce que cette date t'était douloureuse. On a trinqué à nos amours, à nos emmerdes, assis sur un coin de nappe posé sur les pavés de l'Île de la Cité, faisant coucou aux bateaux-mouches emplis de touristes émerveillés glissant sur la Seine. Je t'ai emmené voir Catherine Ringer à la Cigale. Tu m'as emmené voir Mariam et Amadou dans une fête à Saint-Ouen, c'était chouette.

Dans la lettre que tu as laissée, tu écris : Lolo, courage, tiens le coup.

Je tiens le coup, ma belle. Aussi longtemps que le hasard me prêtera vie, j'aurai une pensée pour toi qui m'a inspiré, qui m'a aimé, qui m'a envoyé péter quand je déconnais. Tu vas me manquer. Terriblement.

Amandine, je te dédie mon blog.



---
Pour vous, cher lecteur qui l'avez connue ou qui souhaitez lire les moments drolatiques, étonnants, poétiques où Amandine figure, cliquez ici.

Mise à jour du 18.11.2014 jour des obsèques d'Amandine au Père Lachaise, le billet de Boutfil qui l'a connue et aimée et qui m'a prêté son épaule ce matin. 

mardi 4 novembre 2014

Les vibrisses ou la tête à l'envers



Un chat retombe toujours sur ses pattes...


Louise, 4 ans, Lucie, 8 ans, en contemplation devant un globe terrestre qu'elles font tourner.

Lucie : Ils se rendent compte les gens, là, qu'ils vivent la tête à l'envers ?
Louise : Elle est où mon école ?(*)

...

Louise : Moi, j'ai réfléchi dans ma tête. Les moustaches du chat, c'est fait pour tenir debout. Si tu lui coupes les moustaches, il tombe. 
Moi : Comment tu sais ça ?
Louise : C'est maman qui me l'a dit. 
Moi : Pourquoi tu dis "j'ai réfléchi dans ma tête" alors ?
Louise : Parce que je BLAGUE. 
Et elle part d'un rire sonore. Le chat, jusque-là dans son giron, en profite pour se faire la malle. 
Et j'ai appris en me promenant sur les internets que les moustaches (les vibrisses pour être précis) sont des organes sensoriels permettant à l'animal de juger des variations de l'air dans un environnement proche. Ainsi, la nuit, le chat peut détecter tout objet en mouvement passant à proximité. Quant à perdre l'équilibre si on les lui coupe, cela s'avère être une fausse croyance. 


(Source : Wikipedia)
(*) il faut que je leur montre Google Earth, c'est magique. 

samedi 25 octobre 2014

Conte de fées défait et de la tendresse

 

Ce matin à 11h45, un garçon m'a envoyé un conte de fées. Il a pris des émoticônes, les a assemblés, me les a envoyés par SMS (illustration).

...

Ce court billet pour vous proposer de vous abonner à ce blog (si vous le n'êtes pas déjà) et/ou d'aimer la page Facebook. Je prépare en nez fée un billet exclusif (par e-mail) à l'attention de mes abonnés.

Tendrement,

Laurent

P.S. Droit de réponse de l'auteur à 20h38 et conte "défait" ci-après :



vendredi 17 octobre 2014

Journée offerte



Il y a des jours comme ça. Qui roulent. Qui commencent bien. Petit-déjeuner tout en tendresse chez un bel inconnu. Y a pas à dire, ça apaise ça donne de l'énergie, la banane quoi. Ou la patate.

Café. Jus de pomme. Jus de grenade pour les antioxydants. Massage pour les enzymes du bonheur. Il me raccompagne jusqu'au métro et m'embrasse dans le cou. Le baiser qui pique dans le cou, juste là, entre clavicule et deltoïde, pour le petit frisson électrique du matin. Que demande le peuple ? De la tendresse!

Métro. Boulot.

Pause déjeuner. Ma cantine. Le Pierrot à La Motte-Picquet Grenelle. Qu'il pleuve ou qu'il vente j'y suis toujours accueilli avec le sourire et force gentillesse. Produits frais. Plats faits maison. Après échange de poignées de mains avec employés et patrons, je m'installe sur la banquette et commande la blanquette. Je fais le vide. J'oublie les tracas du quotidien, la surcharge de travail et j'en passe des vertes et des pas très mûres.

Le serveur à la gueule d'ange me confie :
- Vous êtes un des clients que je vais regretter le plus. (Si je n'étais pas client, s'il n'était pas si beau, je me jetterais dans ses bras).
- Quoi ?! Vous partez ?!

Même absent j'observe ou contemple toujours d'un œil gourmand ce qu'il se passe autour de moi.

Le couple en face de moi paie l'addition et s'en va. Le monsieur tout en rondeur me désigne leur pichet de vin à moitié plein.

- Vous le voulez ? dit-il en lorgnant sur mon verre à moitié vide... d'eau.
- Oh... pourquoi pas...

Le client m'apporte son pichet.

- Ne croyez pas que je suis alcoolique mais une telle invitation ne se refuse pas.
- Oh je ne crois rien. Je suis marseillais, dit-il dans un rire.

Sur son énigmatique répartie et un sourire de sa dame, nous prenons congé. Je commande ma panna cotta à la fraise et songe à retourner au turbin. Puis. Surprise. En guise d'addition, un ticket à la gloire de Toto :

0+0 =



dimanche 12 octobre 2014

Cultive ton jardin





Illustrations : 1. pomme de terre bio mise en scène 2. pied de pomme de terre père de l'actrice mise en scène


Vous connaissez ma propension à m'émerveiller d'un rien. Aujourd'hui je vous raconte l'histoire ordinaire d'une pomme de terre bio. Ma tendresse va tant aux êtres, qu'aux végétaux, aux lombrics qui lentement, méticuleusement, oublieux de leur tâche sur cette planète, participent à son bon fonctionnement, à sa poésie. 

Poésie que je convoque et cueille tant pour aimer que souffrir un monde absurde. 

C'est au printemps. Mes pots de terre en jachère sur mon rebord de fenêtre parisien donnent vie à quelques brins d'herbes sauvages, à un bout de plante que j'identifie vite comme un pied de pomme de terre. Comment a-t-il atterri là ? Un reste de semence du gigantesque jardin potager de mes parents en Charente avait prospéré sur mon petit mètre carré de jardin parisien. Je l'ai laissé dérouler ses méandres verts jusqu'au moment où je ferais ma minuscule récolte. 

Ce dimanche. À la faveur du rempotage d'un avocatier africain, un essai concluant - 65 centimètres passés d'Abidjan à Paris - je mets la main verte dans mes pots, mélange terres et compost. Sous la plus haute feuille de l'avocatier sommeille une coccinelle pois jaunes et noirs. Dans mon cuit-vapeur, la pomme de terre bio de 3cm x 6cm continue sa petite vie d'aliment, que je croque avec bonheur et une pointe de sel. 


mercredi 8 octobre 2014

Ceci est un gland




Paris. Rue Brisemiche, à côté de l'éléphant-fontaine multicolore de Niki de Saint Phalle. Deux dames endimanchées s'arrêtent pour contempler le sol. Un gland sur la rue pavée. D'un même mouvement elles se démanchent le cou et scrutent les arbres au-dessus d'elles. Nul chêne en vue mais des platanes. Les deux dames échangent un regard perplexe. La plus grande se courbe et cueille le gland dans sa main, le glisse dans sa poche de pantalon. Puis elles reprennent leur chemin.


dimanche 31 août 2014

Le clochard, la lavande et le cèpe


Photo : Thomas Claveirole - Flickr Creative Commons

Une laverie automatique près de la rue Daguerre. Des citadins allant au lavoir. Âme en peine jouant sur mon téléphone, j'attends. Autre âme en peine, un clochard à la barbe hirsute mais avec de beaux restes, débarque, pose un sac de courses et me demande à passer un coup de fil. Allez ! Une minute, seulement. Je te paye l'appel, implore-t-il en fouillant ses poches pour me tendre une poignée de pièces. Hochant mécaniquement la tête, je décline sa demande. Il rouspète, se retourne vers la dame pliant son drap de lin, essuie la même indifférence. Se munissant de sa canette de bière comme pour se donner du courage, il sort et aborde un couple de passants, même refus. Un ouvrier en bras de chemise, même refus.

Je jette un oeil furtif à son sac de courses. Un pot de lavande en terre arborant quelques fleurs. Un flacon de miel et un cèpe dans un petit sachet blanc. 

Je sors pour retrouver mon clochard qui accoste tout ce qui bouge au carrefour d'à côté. Bredouille, il revient sur ses pas. Je l'aborde. Donne-moi le numéro et j'appelle, lui dis-je. Son visage s'illumine. Il me sort un bout de papier tout chiffonné et me dicte les dix chiffres en-dessous desquels figure un mot : coeur. 

Allô. J'appelle de la part de Philippe. Il vous attend. 

Pendant ce temps il me confie son ancienne vie. Comment il va cuisiner son cèpe. Comment l'amie que nous avons appelée va devenir sa femme. Etc. 

Elle le rejoint. Elle me remercie en me secouant énergiquement la pince. Il lui tend le pot de fleurs. Elle se moque tendrement : "Toi, tu ne sens pas que la lavande." 


mardi 12 août 2014

Le jour où j'ai fait l'étoile dans l'Océan Indien



Plage de l'Hermitage, St. Gilles. Île de la Réunion (*)


J'ai :

- fait pleurer de rire mon amie Karelle en tombant à la renverse du paddle ou me cassant la binette cul dans l'eau et palmes en l'air
- rivé mon regard sur l'horizon où deux baleines bondissaient hors de l'eau par-delà le récif (émerveillement collectif, des locaux comme des touristes)
- bu 5 fois la tasse avant de comprendre le principe du masque et du tuba
- poursuivi de jolis poissons colorés jouant à cache-cache dans le jardin de corail
- bu des dodos en contemplant le coucher de soleil
- fait l'étoile, nu, dans l'Océan Indien
- fait pipi dans le lagon bouche bée devant le ciel étoilé
- répondu à la question "c'est quoi ton rêve ?" posée par Délia
- eu peur du chikungunya après m'être fait piquer par un moustique dans la chambre d'hôtel à 3h du mat
- presque souhaité attraper le chikungunya pour ne pas reprendre le travail le surlendemain
- bu trop de champagne dans l'avion
- visionné un film en suédois en classe Affaires (pas davantage compris le film que le livre)
- admiré les ombres que dessinaient les nuages sur l'océan étale
- pédalé, couru, nagé, fourré le nez dans les bougainvilliers
- ri avec Géraldine, Valérie, Morgane, Aurélie, Sandrine, Guillaume et les garçons, Arnaud, Sébastien, Stéphane. Qu'est-ce que j'ai ri !
- dit merci au capitaine qui m'a convié dans le cockpit pour voir les Pyramides du Caire
- petit-déjeuné à 34 000 pieds au-dessus de Tananarive
- passé 48 heures sur l'Île de la Réunion
- éprouvé la gratitude d'être vivant.


(*) D'autres clichés sur mon compte Instagram


jeudi 17 juillet 2014

Fleur jaune écrasée sur le bitume


(l'illustration - photos prises dans ma rue - n'a aucun rapport avec le billet qui suit)

Chers et honorables Line & Bruno,

Permettez-moi d'à-peu-près copier-coller ici le mail que je vous ai envoyé récemment. À peu près parce que je vais élargir le champ de gentillesses que nous nous sommes adressées. 
J'espère que vous avez fait un bon voyage jusque dans votre belle ville de Montréal. Votre proposition sincère de jouer aux guides chez vous m'a beaucoup touché et je la garde dans un coin de ma tête et de mes projets. 
C'était un réel plaisir de vous rencontrer et de vous livrer mes quelques connaissances de Paris. 
Et pour poursuivre brièvement sur la discussion que j'ai eue avec Line, entre deux clients pressés, ça n'est pas systématiquement que les gens sont réceptifs à mon accueil. Un sourire de ma part ne reçoit pas forcément un sourire en retour, mais qu'importe. D'ailleurs, qu'ils passent un bon séjour dans "mon" hôtel est mon seul réconfort et mon job. Si en plus, comme vous, ils me le rendent en gentillesse, en chaleur humaine, c'est un beau, un appréciable bonus. 
J'espère que vous ne m'en voudrez pas d'avoir rendu public ce message. Si vous avez eu le temps de parcourir ce blog, vous comprendrez pourquoi notre échange y a sa place. 

Je ne vous ai pas raconté...

Vous vous doutez bien que la vie est loin d'être rose malgré le sourire et la bonne humeur que je m'efforce de toujours afficher et partager. Nous avons en ce moment un monsieur qui attend des nouvelles de son épouse. Elle, lui et leurs enfants étaient venus à Paris pour bien autre chose que ce qui les a violemment secoués. Victime d'un AVC, l'épouse est dans le coma depuis maintenant deux semaines et pour un moment encore. À l'hôtel, nous tâchons d'alléger la peine du père en papotant, en le forçant à pratiquer son français - il est australien. Aujourd'hui, il a répondu en français dans le texte Couci-couça au Comment allez-vous Monsieur M. ? que lui a lancé, affable, ma directrice. 

Dimanche, nous avons eu un mini-drame à l'hôtel. Fin de journée, nous n'avions ni femme de chambre, ni équipier, juste ma directrice passant par là. Alors qu'elle appelait les secours pour un accident domestique - un client s'était ouvert le crâne en se relevant sous la fenêtre ouverte de sa chambre. Plus de peur que de mal, les premiers secours rapidement sur les lieux l'ont soigné dans leur ambulance. Et votre serviteur, armé de gants en latex, d'un seau rempli d'eau chaude, d'une éponge et d'un produit nettoyant, s'est amusé à effacer les projections de sang qu'avait laissé la victime sur les murs, sur les portes d'autres chambres d'autres clients, d'un bout à l'autre du couloir. Ni vu ni connu, pendant que ma directrice prenait les commandes de la réception.

Une rencontre comme la nôtre, Line, Bruno, sont pour moi de jolis petits cadeaux et compensent la relative dureté de mes journées. Deux clientes, doux-dingue mélange entre Les Craquantes et AbFab, à la fois insupportables et attendrissantes ont promis de m'inviter au restaurant à leur retour de croisière je ne sais où. Quel restaurant ? Elles veulent garder le mystère et me l'offrir pour l'accueil que je leur ai réservé. Veronica, une cliente prenant des cours de pâtisseries dans le quartier, nous gratifie tous les jours de gâteaux et tartes faits maison à l'école. Non, non, c'est pour vous, dit-elle à chaque fois. Si je goûte à tout ce que je fais, je vais devenir grosse.

Ces exemples de générosité compensent par exemple l'éprouvant épisode de lundi où je me suis fait copieusement insulter par un client hystérique. 

Bref.

Pour achever ce billet - et ce message que vous n'avez pas reçu tant il s'est dilaté sur la page blanche de ce blog - ... pour terminer sur une note joyeuse, lundi, un couple âgé m'invite à admirer les feux d'artifice tirés de la Tour Eiffel depuis le balcon de leur chambre d'hôtel, au 7e étage. Je décline poliment l'invitation et pars me mêler à la foule. Nous étions quelques uns, émus aux larmes par un spectacle extraordinaire. Line, Bruno, imaginez 500 000 personnes chantant Imagine de John Lennon sur mille feux colorés jaillissant de la Tour Eiffel...

C'était magique. 

Et ce garçon de 8 ou 10 ans qui dit à son père : Papa ! c'est le plus beau feu d'artifice que j'ai vu de toute ma vie !

Cette nuit-là, je n'avais pas à mes côtés une manche amie sur laquelle tirer pour m'exclamer à mon tour, du haut de mes 41 ans : c'est le plus beau feu d'artifice que j'ai vu de toute ma vie. 

En attendant de vous lire, je vous envoie des becs de Paris,
Laurent