Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

mardi 12 août 2014

Le jour où j'ai fait l'étoile dans l'Océan Indien



Plage de l'Hermitage, St. Gilles. Île de la Réunion (*)


J'ai :

- fait pleurer de rire mon amie Karelle en tombant à la renverse du paddle ou me cassant la binette cul dans l'eau et palmes en l'air
- rivé mon regard sur l'horizon où deux baleines bondissaient hors de l'eau par-delà le récif (émerveillement collectif, des locaux comme des touristes)
- bu 5 fois la tasse avant de comprendre le principe du masque et du tuba
- poursuivi de jolis poissons colorés jouant à cache-cache dans le jardin de corail
- bu des dodos en contemplant le coucher de soleil
- fait l'étoile, nu, dans l'Océan Indien
- fait pipi dans le lagon bouche bée devant le ciel étoilé
- répondu à la question "c'est quoi ton rêve ?" posée par Délia
- eu peur du chikungunya après m'être fait piquer par un moustique dans la chambre d'hôtel à 3h du mat
- presque souhaité attraper le chikungunya pour ne pas reprendre le travail le surlendemain
- bu trop de champagne dans l'avion
- visionné un film en suédois en classe Affaires (pas davantage compris le film que le livre)
- admiré les ombres que dessinaient les nuages sur l'océan étale
- pédalé, couru, nagé, fourré le nez dans les bougainvilliers
- ri avec Géraldine, Valérie, Morgane, Aurélie, Sandrine, Guillaume et les garçons, Arnaud, Sébastien, Stéphane. Qu'est-ce que j'ai ri !
- dit merci au capitaine qui m'a convié dans le cockpit pour voir les Pyramides du Caire
- petit-déjeuné à 34 000 pieds au-dessus de Tananarive
- passé 48 heures sur l'Île de la Réunion
- éprouvé la gratitude d'être vivant.


(*) D'autres clichés sur mon compte Instagram


jeudi 17 juillet 2014

Fleur jaune écrasée sur le bitume


(l'illustration - photos prises dans ma rue - n'a aucun rapport avec le billet qui suit)

Chers et honorables Line & Bruno,

Permettez-moi d'à-peu-près copier-coller ici le mail que je vous ai envoyé récemment. À peu près parce que je vais élargir le champ de gentillesses que nous nous sommes adressées. 
J'espère que vous avez fait un bon voyage jusque dans votre belle ville de Montréal. Votre proposition sincère de jouer aux guides chez vous m'a beaucoup touché et je la garde dans un coin de ma tête et de mes projets. 
C'était un réel plaisir de vous rencontrer et de vous livrer mes quelques connaissances de Paris. 
Et pour poursuivre brièvement sur la discussion que j'ai eue avec Line, entre deux clients pressés, ça n'est pas systématiquement que les gens sont réceptifs à mon accueil. Un sourire de ma part ne reçoit pas forcément un sourire en retour, mais qu'importe. D'ailleurs, qu'ils passent un bon séjour dans "mon" hôtel est mon seul réconfort et mon job. Si en plus, comme vous, ils me le rendent en gentillesse, en chaleur humaine, c'est un beau, un appréciable bonus. 
J'espère que vous ne m'en voudrez pas d'avoir rendu public ce message. Si vous avez eu le temps de parcourir ce blog, vous comprendrez pourquoi notre échange y a sa place. 

Je ne vous ai pas raconté...

Vous vous doutez bien que la vie est loin d'être rose malgré le sourire et la bonne humeur que je m'efforce de toujours afficher et partager. Nous avons en ce moment un monsieur qui attend des nouvelles de son épouse. Elle, lui et leurs enfants étaient venus à Paris pour bien autre chose que ce qui les a violemment secoués. Victime d'un AVC, l'épouse est dans le coma depuis maintenant deux semaines et pour un moment encore. À l'hôtel, nous tâchons d'alléger la peine du père en papotant, en le forçant à pratiquer son français - il est australien. Aujourd'hui, il a répondu en français dans le texte Couci-couça au Comment allez-vous Monsieur M. ? que lui a lancé, affable, ma directrice. 

Dimanche, nous avons eu un mini-drame à l'hôtel. Fin de journée, nous n'avions ni femme de chambre, ni équipier, juste ma directrice passant par là. Alors qu'elle appelait les secours pour un accident domestique - un client s'était ouvert le crâne en se relevant sous la fenêtre ouverte de sa chambre. Plus de peur que de mal, les premiers secours rapidement sur les lieux l'ont soigné dans leur ambulance. Et votre serviteur, armé de gants en latex, d'un seau rempli d'eau chaude, d'une éponge et d'un produit nettoyant, s'est amusé à effacer les projections de sang qu'avait laissé la victime sur les murs, sur les portes d'autres chambres d'autres clients, d'un bout à l'autre du couloir. Ni vu ni connu, pendant que ma directrice prenait les commandes de la réception.

Une rencontre comme la nôtre, Line, Bruno, sont pour moi de jolis petits cadeaux et compensent la relative dureté de mes journées. Deux clientes, doux-dingue mélange entre Les Craquantes et AbFab, à la fois insupportables et attendrissantes ont promis de m'inviter au restaurant à leur retour de croisière je ne sais où. Quel restaurant ? Elles veulent garder le mystère et me l'offrir pour l'accueil que je leur ai réservé. Veronica, une cliente prenant des cours de pâtisseries dans le quartier, nous gratifie tous les jours de gâteaux et tartes faits maison à l'école. Non, non, c'est pour vous, dit-elle à chaque fois. Si je goûte à tout ce que je fais, je vais devenir grosse.

Ces exemples de générosité compensent par exemple l'éprouvant épisode de lundi où je me suis fait copieusement insulter par un client hystérique. 

Bref.

Pour achever ce billet - et ce message que vous n'avez pas reçu tant il s'est dilaté sur la page blanche de ce blog - ... pour terminer sur une note joyeuse, lundi, un couple âgé m'invite à admirer les feux d'artifice tirés de la Tour Eiffel depuis le balcon de leur chambre d'hôtel, au 7e étage. Je décline poliment l'invitation et pars me mêler à la foule. Nous étions quelques uns, émus aux larmes par un spectacle extraordinaire. Line, Bruno, imaginez 500 000 personnes chantant Imagine de John Lennon sur mille feux colorés jaillissant de la Tour Eiffel...

C'était magique. 

Et ce garçon de 8 ou 10 ans qui dit à son père : Papa ! c'est le plus beau feu d'artifice que j'ai vu de toute ma vie !

Cette nuit-là, je n'avais pas à mes côtés une manche amie sur laquelle tirer pour m'exclamer à mon tour, du haut de mes 41 ans : c'est le plus beau feu d'artifice que j'ai vu de toute ma vie. 

En attendant de vous lire, je vous envoie des becs de Paris,
Laurent

samedi 14 juin 2014

Je suis pour.



Je suis pour. 

Ma kiné avec qui je réapprends jour après jour à me servir de mon poignet droit opéré il y a deux mois est de cette humeur qui confère à la joie tant elle est contagieuse. Comptant jusqu'à vingt les mouvements simples comme chou qu'elle m'aide à exécuter trois fois par semaine, nous nous racontons des anecdotes, nous rions, nous jouons à la balle, qu'elle esquive souvent car je vise comme une autruche à qui l'on aurait appris à jouer au tennis. 

Voilà notamment pourquoi je suis "pour". 

On m'interroge souvent sur la signification du badge que je porte parfois épinglé à ma veste. Une inscription noire sur fond blanc : POUR. La vie est assez compliquée pour se la compliquer davantage en étant CONTRE, non ? Je ne nie pas la souffrance ni la misère, je ne nie pas totalement qu'il faille être contre, qu'il faille lutter, exprimer sa colère, honnir l'injustice. Je suis simplement pour, par principe, et d'abord.

Épuisé d'une longue journée et de conditions de travail éprouvantes, je lève le regard et capte ce coucher de soleil à la station La Motte-Piquet Grenelle. Deux jeunes amoureux m'observent, hésitent puis m'imitent et, armés de leur appareil photo, prennent la pause. Un court instant passe et c'est une dizaine de personnes qui contemplent le coucher de soleil. 

Je suis pour. 
Pour renseigner la dame à son volant qui cherche désespérément la rue du Cherche-Midi. Comme j'ai pu la guider, elle s'exclame : "Faudrait pas que je loupe l'apéro !" Son sourire, sa bonne humeur, sa confidence, sont pour moi une invitation, une demi-minute dans sa vie.

Je suis pour. 

jeudi 3 avril 2014

Hélène ou nos poignets droits



Bureau des admissions à la clinique ce jeudi. 
- Personne suivante !
La dame à la robe tunique revival vert amande m'invite à m'asseoir. Je décline mon identité. 
- Quel est votre chirurgien ? Je lui réponds. Elle émet un oh mi-admiratif mi-empathique. 
- Elle est bien. Elle est très bien. Elle est très très bien. 
La secrétaire est avenante, douce et me parle de sa voix fluette.
Quand je lui signale que je me fais opérer du poignet droit, elle lève le nez de son clavier d'ordinateur, darde sur moi ses yeux cerclés de grosses lunettes et me tend son poignet droit. Elle aussi s'est fait opérer. Fracture croisée du radius. Les deux broches dont on l'a affublée ont laissé une cicatrice visible cinq ans après. 
- Je suis tombée du premier étage. Je faisais mon ménage. 
Et nous terminons l'admission administrative, elle m'explique deux ou trois choses sur ma chambre, mon dossier et mes quatre jours d'hospitalisation, me reconduit vers la salle d'attente. Souhaitant mettre un nom sur un visage ami dans cet espace inconnu, je lui demande son prénom. Son visage s'éclaire soudain. 
- Hélène, je m'appelle Hélène, dit-elle, un sourire bienveillant accroché aux lèvres. 

Depuis mon fauteuil en salle d'attente, je la distingue qui s'occupant d'autres patients jette des coups d'œil discrets vers le gars qui lui a demandé son prénom, l'a tirée de sa torpeur, a tenté de la séduire, peut-être. Qui sait ce qu'elle pense. 

mercredi 2 avril 2014

Poissons d'avril



Poissons d'avril chez ma boulangère, rue Daguerre

Je n'aime pas beaucoup les poissons d'avril. Peut-être parce qu'ils sont devenus aussi peu passionnants qu'un remaniement ministériel. Parce que pour une raison qui m'échappe, personne, il me semble, ne croit aux canulars fabriqués pour ce premier jour d'avril.

Je n'aime pas beaucoup les poissons d'avril. Sauf celui que m'a raconté ma chère et tendre sœur. Sophie est professeur des écoles dans un village de Charente. Aujourd'hui elle a fait croire à ses CE1 qu'elle les laissait à 10h30 car elle avait des courses à faire. Son cartable à la main et sur le départ, elle a chargé une élève de jouer pour de vrai la maîtresse à sa place en l'équipant d'un crayon rouge et lui demandant de bien vouloir corriger les copies de ses camarades.

Elle les a laissés ainsi cinq bonnes minutes, le temps qu'un joli bazar s'installe dans la classe. Avant de reprendre sa place d'enseignante et de lancer un malicieux "poisson d'avril !", l'air de dire "je vous ai bien eus."

dimanche 30 mars 2014

Allez viens...



Allez viens...

C'est un jour où la cliente demande à son amie sur le perron du bar-tabac de la rue Daguerre "Nadiaaaa tu es de quel signe ?" C'est un jour où il fait doux déjeuner en fin d'après-midi. Un croque-madame arrosé d'un verre de Tariquet. Une passante dit au vieux-monsieur-au-pigeon "C'est un samedi où il fait bon être en retard pour tout, n'est-ce pas ?" Le vieux-monsieur-au-pigeon raconte à ses voisins de tablée l'histoire du pigeon qu'il promène au bout d'une cage. Le couple à ses côtés le prend en photo lorsqu'il arrime la cage au guidon de son vélo. C'est un jour où il fait doux prendre un café au coin de chez soi. Respirer la nonchalance du quartier un samedi après-midi de mars. Où je croise Rodica von Buta qui dit de son accent chantant un peu de Roumanie "Allez viens !" dans une carte de vœux-vidéo (ci-haut), où je manque lui parler alors qu'elle grimpe dans un taxi après avoir pris congé de son voisin à trottinette (un autre, pas moi). Où l'apprentie conductrice réussit son créneau du premier coup, fière comme Artaban. Où la vendeuse de "Madame de" campée sur le seuil de sa boutique fume la cigarette de 16:47. La bouquinerie d'à côté pare sa vitrine de tulipes en papier, de coccinelles en chocolat. Les caisses en bois peint sur le trottoir offre au chaland Enid Blyton et son Oui-oui et la girafe rose. Un petit vent agite les fleurs de pissenlits éclos rue Daguerre. Allez viens ! Ouiiii, viens, on est bien !


dimanche 23 mars 2014

Mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa



Femme non-rééducable - mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa, de Stefano Massini. Mise en scène d'Arnaud Meunier. 


« Prendre parti, c’est faire preuve d’intelligence, » ressasse Anna Politkovskaïa journaliste russe devenue personnage de théâtre campé sur le plateau du Théâtre de l'Atelier. Prendre parti, est-ce faire preuve d’intelligence ? Interrogée, elle hésite. Faut-il qu'elle choisisse le camp de l'armée russe ou le camp des Tchétchènes ? Des exactions, des massacres insoutenables de part et d'autre.

Anne Alvaro, magnifique, incarne la journaliste, la femme, la combattante, la mère qui peine à expliquer à ses enfants pourquoi parfois elle passe la nuit en taule, pourquoi on la menace de mort, pourquoi on la traite de menteuse, de traîtresse.

Régis Royer, multiple et parfait contrepoint, joue les hommes, un terroriste tchétchène, un vieil homme, un colonel de l'armée russe, ou le fils d'Anna.

Enveloppés ou bousculés par l'univers sonore et musical de Régis Huby, Anne Alvaro et Régis Royer énoncent, habitent l'ironie, l'âpreté, les flamboyances du texte de Stefano Massini, partition composée de paroles et d'écrits de la journaliste assassinée en 2006.

Si l'émotion se fait jour, c'est grâce à l'étonnante alchimie d'une mise en scène élégante, ingénieuse, sur le fil du rasoir, brillante.

Anna Politkovskaïa est morte. Vive Anna Politkovskaïa.
Au Théâtre de l'Atelier, 1 Place Charles Dullin dans le 18e à Paris. À 19h du mardi au samedi. À 17h le dimanche. Jusqu'au 28 mai 2014.

lundi 10 février 2014

La femme au miroir Hello Kitty™


Quand je m’ennuie dans le train, j’observe le spectacle fascinant de mes co-voituriers.

Un haut noir, col V offrant au regard la naissance de ses seins, une bretelle de soutien-gorge fuchsia et une constellation de grains de beauté. Elle chewing-gomme. Armée d’une pince et d'un geste méticuleux, elle épile ses sourcils. Schlak. Rictus de douleur. Schlak. Nouveau rictus. La séance achevée, elle se saisit d’un rouleau adhésif anti-peluche ou poils de chat et le fait rouler sur son haut noir, chassant les sourcils échappés de leur arcade. Elle troque son miroir ordinaire pour un miroir de poche Hello Kitty™ incrusté de brillants et se maquille. Le fond de teint fond sur la peau, la poudre vole sur le haut noir qu'elle n'oublie pas d'épousseter, le mascara arque ses cils, un crayon rose bonbon dessine ses lèvres. Indifférente à ma fascination, elle parachève le tableau d'un pschiiiiit, échantillon de parfum Chanel qui dégouline sur son cou.

Musique dans les oreilles, elle joue à Candy Crush sur son iPad.

J'ai comme envie de me couper les ongles de pieds à la barbe (épilée) de ma voisine de TGV.



jeudi 23 janvier 2014

Papayes et factures proforma

J'aime les clients qui arrivent la valise chargée de cadeaux pour le personnel ! Cadeaux en direct des alentours d'Abidjan. 


Ma journée en mots-clés (et dans le désordre, c'est plus drôle - et pas très bitable, j'avoue... mais c'est mon blog, j'y-fé-ce-que-j'veux) : 

Clients difficiles. Je-veux. Donnez-moi. Analyse sémantique des commentaires en ligne. Café. Client psy. Police. Café. RevPar et marchands de tapis. Mangues, avocats, ananas, papayes. Vue sur Tour Eiffel. Alarme incendie. Café. Factures proforma. Fax. Procédure. Café. Procédure. Where's my taxi? (DTC). Sourire. Bon voyage. Et j'ai loupé le #jeudibeuverie je suis dépit. Té !

Et vous ? 

vendredi 3 janvier 2014

Un papillon rue Biot, Place de Clichy, Paris


Un papillon rue Biot, Place de Clichy, Paris 

J'aime ces «au fait ! Bonne année !» délivrés en «au revoir» impromptus après l'étreinte de l'amie, un 3 janvier déjà. Jolie conclusion d'un chouette apéro rue Biot, Place de Clichy, Paris. Deux bières sirotées dans un bistro déco années 70/80 avec clientèle jeune et décontractée chantonnant du Gainsbourg quand jouait dans le bar «La Javanaise». J'ai regardé du coin de l'œil ce gars brun gentiment négligé et barbe fournie. Avec ses carnets qu'il arrangeait sur la table puis griffonnait l'air inspiré. Ses deux jolis livres qu'il a dédicacés, vraisemblablement en cadeau à la personne qu'il attendait. Son rendez-vous l'a rejoint. Il l'a faite rire et leurs mains se sont effleurées maladroitement puis se sont accrochées pour ensuite se laisser taquiner d'une caresse d'un doigt chacun. Ça m'a semblé la concrétisation d'un premier rendez-vous galant. Ça m'a semblé le beau contrepoint aux si belles notes chantées par Gainsbourg. Bonne année !

samedi 21 décembre 2013

La carotte de la rue Daguerre


Fatigué de bon matin et aussi frais qu'une courgette évanouie dans le bac à légumes du réfrigérateur, je pars en quête du croissant qui épongera les 4 expressos avalés à jeun. À peine ai-je pris la rue Daguerre qu'une femme un poil avinée mais joviale m'aborde et s'exclame :

- Ah ah ! J'ai trouvé la carotte !

Puis elle reprend sa route sans demander son reste, bienheureuse. J'ai compris qu'elle cherchait le bureau de tabac à un pâté d'immeubles, mais j'ai ri. Et ma journée est partie de joyeuse façon. 




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La carotte ? 
(source : Le Robert)


lundi 16 décembre 2013

Le moelleux au chocolat de Juliette à Saint-Germain-des-Prés



Avertissement
Ce billet de blog contient poncifs, clichés et bons sentiments susceptibles de choquer le lecteur. Toutes choses basées sur des fais réels.  


Les colonnes des journaux résonnent trop souvent du mal-être au travail pour que je n'apporte pas aujourd'hui ma contribution... positive. J'ai côtoyé des salariés que le travail rendait physiquement malade. Et un bon paquet. J'ai croisé des collègues en larmes, au bord de la dépression nerveuse, des employés exploités servant de paillassons aux exigences de patrons tyranniques et/ou incompétents.

J'ai mis longtemps à comprendre et accepter que l'employeur idéal n'existait pas. L'employé idéal n'est d'ailleurs pas plus palpable. 

Questions à 100 balles et une barre chocolatée : une des racines du mal-être au travail ne serait-elle pas l'abîme séparant nos aspirations de ce que l'on appelle communément le terrain, la réalité ? Ne sommes-nous pas fatalement destinés à nous fracasser la mâchoire sur ce fossé ? Est-il possible d'envisager un travail dans son acception la plus simple de la tâche à accomplir sans exiger qu'elle nous épanouisse ?

Je me suis réconcilié aujourd'hui avec le monde du travail. Rien que ça. 

Arrivant au terme d'un contrat de 3 semaines au sein d'un joli hôtel 4 étoiles à Saint-Germain-des-Prés, j'ai vogué de surprise en surprise. Oh rien de magique ni d'exceptionnel. Des attentions, un café apporté avec le sourire, des comment-ça-va-ce-matin, une tâche que l'on terminait à ma place, une pause qu'on m'accordait, me forçant presque manu militari à sortir déjeuner, un pot de départ et j'en passe des vertes et des incroyables.

Je n'oublierai jamais la femme de chambre sous le choc de la nouvelle de mon départ. L'expression ahurie sur le visage du bagagiste, déçu. La mine fière et enjouée de l'apprentie arrivant les bras chargés d'un moelleux au chocolat mitonné à deux heures du matin et séparé en 12 tranches égales. Mais quoi ? Je n'allais pas partir avec roulements de tambours et annonces solennelles. Je n'étais qu'un intérimaire passant par là.

Mais abîmé par des expériences professionnelles difficiles, j'ai pris toutes ces attentions comme des cadeaux. 

Ce matin, à la réception, un client débarque, darde sur mon apprentie et moi un regard étonné, presque suspect. Il demande : 
- Pourquoi vous souriez comme ça ?
La réponse naïve a jailli toute seule :
- Parce qu'on est contents de travailler ici. 


mardi 3 décembre 2013

La mine déconfite de Princesse Shoufflette


L'illustration n'a aucun rapport avec la choucroute. Ze choucroute, c'est le billet réédité qui suit. (Quand j'étais homme-à-tout-faire dans un petit hôtel 4 étoiles dans le 8e arrondissement de Paris) 
illustration © Plonk & Replonk 


La mine déconfite de Princesse Shoufflette lorsqu'elle entend le gars en face d'elle lui dire : « I'm just the bellboy » (je ne suis que le chasseur). En gros, je n'étais pas en mesure de répondre à ses récriminations, il fallait qu'elle voie cela avec la réceptionniste. Car j'avais d'autres chats à fouetter. Et notamment une voiture à aller chercher au garage. Je me débarrassais ainsi à bon compte d'un boulet. Et quel boulet !

Oh mais quel dommage que je ne puisse pas vous montrer sa carte de visite. Côté recto un cadre doré entourant un rectangle blanc sur lequel brillent de mille feux la mention "Princesse Shoufflette". En relief bien sûr. Côté verso le même cadre doré, une photo représentant une jeune femme le regard en coin, la main ornée de diamants, un boa de plumes blanches. Et ses coordonnées.

Shoufflette International Ltd.
Ses coordonnées à Londres.
Puis en Inde, où Sa Grâce signale à toutes fins utiles qu'elle possède 30 lignes téléphoniques.

Non mais quel dommage que je ne puisse pas non plus vous donner le site Internet dévoué à sa gloire ! En vrai, elle porte au compteur 20 ou 30 printemps de plus que ceux affichés sur la carte de visite.

Bref. Dans cet univers chic et toc du 8e arrondissement de Paris où j'échange encore du temps contre de l'argent, il y a des jours où l'on déploie des efforts surhumains pour ne pas se moquer de certains de nos clients roulant prétendûment sur l'or. 

Mais j'accorde volontiers aux gens de se moquer de moi. Exemple.

Ce matin, je marche d'un pas pressé vers notre charmant parking parisien (exigu et difficile d'accès), j'atteins le quatrième sous-sol, je grimpe dans la berline, je remonte un à un les sous-sols, prenant garde de ne pas commettre d'éraflure, j'ouvre le portail, descends un bout des Champs-Elysées, tourne à droite puis encore à droite. Sur le perron de l'hôtel, on attend impatiemment la livraison de la voiture. D'un tournemain, je coupe le contact, descends, et tends aux clients le trousseau de clés. Perplexes, ils déclarent : « Ça n'est pas notre voiture ! »


dimanche 24 novembre 2013

Quatre inconnus m’ont fait coucou de la main



Somewhere over the rainbow © Phil Jones



Comme souvent quand je quitte mon amie, nous prenons le métro sur le quai opposé. Elle et moi nous faisons des signes au-dessus des voies. Son train arrive. Elle plaque son visage en une grimace joyeuse, espiègle, contre la vitre de sa voiture. Elle se redresse, surprise par ses voisins de métro qu'elle n'avait pas vus. D'une courte mise en scène elle me désigne, sur le quai d'en face, et ils comprennent. À la gauche de mon amie, je vois deux silhouettes étrangères se pencher, agiter leurs mains et m'adresser un sourire expressif. Deux visages franchement chaleureux. Je ris. Puis à la droite de mon amie, un autre couple se révèle, se penche et m'envoie le même bonjour-au-revoir jovial. Puis le train s'en va. 

SMS de l'amie qui me raconte l'après, son voyage :
- Trop forts mes voisins de métro, non ? Dès mon entrée, l'1 des deux couples dit : "Ça j'adore !" Je réponds : "Qui a dit que novembre était le mois le + pourri de l'année ? Merci d'avoir cassé 1 préjugé." (...) Ils viennent de sortir en nous souhaitant bonne vie !

dimanche 10 novembre 2013

Le 0,4081 m2 le plus connu du monde (ou pas)


Calme et volupté devant la Joconde, au Louvre
(cliquez sur l'image pour démarrer ou arrêter la vidéo, sur le petit bouton en haut à gauche de l'image, pour le son)

La vie est question de choix.
Ce matin, j'ai deux options : tournicoter dans ma niche tel un toutou désœuvré et attendre que le jour passe (pestant au passage contre ma voisine jouant du pipeau toute la sainte journée, est-ce que je la dérange, moi, avec ma lecture ?) ou accepter l'invitation d'une amie à se promener au Louvre. À propos de voisine : las de ramasser les cheveux d'une autre camarade d'immeuble, la voisine du dessus pour ne pas la citer, je saisis la touffe arrachée à sa brosse qu'elle jetait par la fenêtre et qui ornait mon pot de basilic un étage en dessous, je gravis l'escalier, je frappe, elle ouvre. - Bonjour, vous me reconnaissez ? Sous-entendu, votre voisin qui glisse régulièrement des mots doux sous votre porte. Celui qui vous a traitée de connasse le mois dernier. Visiblement, je l'ai tirée de sa sieste. Tant mieux. Je hisse la touffe de cheveux à hauteur de son regard contemplatif. - C'est à vous ? - Euh. - Vous avez une poubelle ? Tenez. Et je m'en vais, sans autre forme de procès. Que disais-je, Nadège ? La vie est question de choix. Cueillir sans broncher les cheveux de ma voisine ou lui payer mes hommages. Admirer un tableau de 77 cm x 53 cm, le 0,4081 m2 le plus connu du monde, La Joconde. Ou me retourner pour contempler Les Noces de Cana, œuvre monumentale de Véronèse, presque 7 mètres sur 10. Comme j'aime mettre le nez dans les détails (des tableaux) ! Vous aurez d'ailleurs noté le parapluie rouge assorti à la robe du violoncelliste dans l'œuvre de Véronèse. Ou le monsieur qui piétine la robe de sa dame toute de bleu vêtue.